Un été chez grand-père de Hou Hsiao-hsienRéalisé en 1984
Avec Wang Chi-kwang, Koo Chuen, Mei Fong, Lin Hsiao-ling
Deux enfants, Tung-tung et Pi-yung, quittent Taipei pour passer quelques semaines chez leur grand père car leur mère est gravement malade,. Après quelques incidents de voyage, les enfants s’installent chez cette personne âgée dont ils ont la plus grande appréhension…
Deuxième œuvre pour Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) et déjà deuxième chef d’œuvre. Présenté dans le cadre de l’hommage au réalisateur pendant le festival de Vesoul cuvée 2006, Un été chez grand père (冬冬的假期) nous plonge dans l’ivresse de notre jeunesse, comme Charles Aznavour l’a si bien chanté.
Mais ici, il s’agit de la petite enfance, celle d’enfants de la capitale taiwanaise, alors que le cinéaste nous a habitués récemment au monde adulte (Millennium Mambo, Café Lumière , Three Times).
Une femme, mère de deux enfants, tombe gravement malade et doit rester alitée plusieurs jours à l’hôpital. Les médecins sont dans l’obligation de lui retirer la vésicule biliaire et cette opération leur prend du temps. Le mari décide d’envoyer les enfants chez leur grand père le temps des grandes vacances. Tung-tung et Pi-Yung ne veulent pas y aller : passer des vacances à la campagne n’est pas des plus accommodant pour ces très jeunes citadins.
Mais le grand-père est loin d’être le vieil homme aigri que les enfants s’imaginent. En effet, médecin de profession, c'est une une personne importante dans ce petit village de campagne. Ses connaissances soulagent le mal des paysans souvent trop vieux pour continuer leurs activités agricoles.
Le fils du grand père (l’oncle des enfants) entretient une relation avec une femme qui porte désormais un enfant, fruit de leur union. Hors mariage, ce comportement est intolérable et pourrait plonger la famille dans la honte si cela s’ébruitait.
De plus, parmi les personnes soignées par le grand-père, une fille handicapée mentale subit les vices de son petit ami de passage jusqu'à la rendre elle aussi enceinte.
Dans ce cadre social, on en oublierait presque le cadre naturel. En plein été, où les criquets chantent leurs fiertés, la forêt et la campagne bercent les habitants dans une douce vie aux agréables lendemains. Les enfants s’amusent et se font des amis, mais sont aussi les témoins d’un climat social en pleine évolution. Et pendant ce temps, leur maman souffre de complications à l’hôpital, retardant leur retour sur la capitale…
Hou Hsiao-hsien est un génie. La plupart des Français ont commencé à le connaître grâce à ses dernières œuvres en date comme Millennium Mambo ou Three Times. Pourtant, les années 80 du cinéaste regorgent de pépites cinématographiques.
Par chance, des festivals comme celui de Vesoul permettent au public de se lancer dans la découverte de ces trésors souvent laissés à l’abandon des éditeurs au profit d’œuvres plus commerciales.
Le grand maître taiwanais fait d’Un été chez grand père une ode à la vie. Chaque plan se veut le patrimoine d’une société taiwanaise empreinte de sa nostalgie et des grands défis sociaux qui l’attendaient à l'époque. En brandissant les instants de vie de deux
enfants, Hou Hsiao-hsien traite avec sagesse des relations intergénérationnelles souvent difficiles, notamment avec une très belle mise en scène des relations père-fils (grand-père et oncle). La paternité devient ici une épreuve de force, car elle n'est pas issue du fruit d'un mariage, chose alors impossible dans l’habitus culturel taiwanais. Pourtant, il faut bien se faire une raison, la réalité s’oppose bien souvent aux traditions et le cinéaste ne la ménage pas.
Les enfants deviennent ainsi une vitrine des difficultés sociales, des embûches à franchir au cours d’une vie qui ne les attend pas pour avancer.
Dans une scène où les enfants arrivent chez leur grand-père par le train, ceux-là s’arrêtent à la gare et échangent des paroles avec d’autres enfants de leurs âges. On découvre un énorme fossé culturel et économique entre le niveau de vie des citadins et celui de la campagne. Un seul plan donne en puissance ce sentiment de fracture : celui des jouets électriques de Tung Tung face au jeu de misère des autres enfants.
Au centre de toutes les attentions du cinéaste, les enfants sont magnifiquement interprétés dont Pi-Yung, superbe petite fille, certainement l’une de
s plus inoubliables du septième art. Son innocence, sa mise en danger sont des caractéristiques propres à la société taiwanaise telle qu’elle se croit l’être. Et c’est sans compter sur le troubadour Tung Tung et sa troupe de jeunes amis. Ils seront témoins d’une atroce scène de violence de deux malfaiteurs taiwanais, et seront également victimes de la vengeance de Pi-Yung, exclu de leur groupe intégralement constitué de garçons.
D'ailleurs, Pi-Yung, en suivant ces jeunes garçons, échappe de peu à la mort. Tombée en plein milieu des rails, il s’en est fallu de peu pour qu’elle quitte ce monde. Le découpage de cette action est si remarquable que certains réalisateurs devraient en prendre de la graine.
Hou Hsiao-hsien propose encore une véritable réflexion sur la représentativité de celle qui est surnommée « la folle ». Elle est assurément l’un des reflets les plus sombres, mais aussi l’un des plus généreux de cette société où les faux pas ne sont guère permis, où l’on abuse facilement de son pouvoir, de sa domination.
Heureusement, le grand-père, véritable patriarche, incarnation de la sagesse et modèle pour tous, donne à la campagne une réelle lueur d’espoir malgré la desespérance des jeunes.
Hou Hsiao-hsien a ainsi réussi là où de nombreux cinéastes tentent et échouent : faire d’une expérience familiale une véritable fable sociale. Avec sensibilité, le cinéaste prend la main du cinéphile et l’emmène là où seule sa caméra peut témoigner de la vie des campagnes taiwanaises. Un très grand moment de cinéma.
Deux enfants, Tung-tung et Pi-yung, quittent Taipei pour passer quelques semaines chez leur grand père car leur mère est gravement malade,. Après quelques incidents de voyage, les enfants s’installent chez cette personne âgée dont ils ont la plus grande appréhension…
Deuxième œuvre pour Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) et déjà deuxième chef d’œuvre. Présenté dans le cadre de l’hommage au réalisateur pendant le festival de Vesoul cuvée 2006, Un été chez grand père (冬冬的假期) nous plonge dans l’ivresse de notre jeunesse, comme Charles Aznavour l’a si bien chanté.
Mais ici, il s’agit de la petite enfance, celle d’enfants de la capitale taiwanaise, alors que le cinéaste nous a habitués récemment au monde adulte (Millennium Mambo, Café Lumière , Three Times).
Une femme, mère de deux enfants, tombe gravement malade et doit rester alitée plusieurs jours à l’hôpital. Les médecins sont dans l’obligation de lui retirer la vésicule biliaire et cette opération leur prend du temps. Le mari décide d’envoyer les enfants chez leur grand père le temps des grandes vacances. Tung-tung et Pi-Yung ne veulent pas y aller : passer des vacances à la campagne n’est pas des plus accommodant pour ces très jeunes citadins.
Mais le grand-père est loin d’être le vieil homme aigri que les enfants s’imaginent. En effet, médecin de profession, c'est une une personne importante dans ce petit village de campagne. Ses connaissances soulagent le mal des paysans souvent trop vieux pour continuer leurs activités agricoles.
Le fils du grand père (l’oncle des enfants) entretient une relation avec une femme qui porte désormais un enfant, fruit de leur union. Hors mariage, ce comportement est intolérable et pourrait plonger la famille dans la honte si cela s’ébruitait.
De plus, parmi les personnes soignées par le grand-père, une fille handicapée mentale subit les vices de son petit ami de passage jusqu'à la rendre elle aussi enceinte.
Dans ce cadre social, on en oublierait presque le cadre naturel. En plein été, où les criquets chantent leurs fiertés, la forêt et la campagne bercent les habitants dans une douce vie aux agréables lendemains. Les enfants s’amusent et se font des amis, mais sont aussi les témoins d’un climat social en pleine évolution. Et pendant ce temps, leur maman souffre de complications à l’hôpital, retardant leur retour sur la capitale…Hou Hsiao-hsien est un génie. La plupart des Français ont commencé à le connaître grâce à ses dernières œuvres en date comme Millennium Mambo ou Three Times. Pourtant, les années 80 du cinéaste regorgent de pépites cinématographiques.
Par chance, des festivals comme celui de Vesoul permettent au public de se lancer dans la découverte de ces trésors souvent laissés à l’abandon des éditeurs au profit d’œuvres plus commerciales.
Le grand maître taiwanais fait d’Un été chez grand père une ode à la vie. Chaque plan se veut le patrimoine d’une société taiwanaise empreinte de sa nostalgie et des grands défis sociaux qui l’attendaient à l'époque. En brandissant les instants de vie de deux
enfants, Hou Hsiao-hsien traite avec sagesse des relations intergénérationnelles souvent difficiles, notamment avec une très belle mise en scène des relations père-fils (grand-père et oncle). La paternité devient ici une épreuve de force, car elle n'est pas issue du fruit d'un mariage, chose alors impossible dans l’habitus culturel taiwanais. Pourtant, il faut bien se faire une raison, la réalité s’oppose bien souvent aux traditions et le cinéaste ne la ménage pas.Les enfants deviennent ainsi une vitrine des difficultés sociales, des embûches à franchir au cours d’une vie qui ne les attend pas pour avancer.
Dans une scène où les enfants arrivent chez leur grand-père par le train, ceux-là s’arrêtent à la gare et échangent des paroles avec d’autres enfants de leurs âges. On découvre un énorme fossé culturel et économique entre le niveau de vie des citadins et celui de la campagne. Un seul plan donne en puissance ce sentiment de fracture : celui des jouets électriques de Tung Tung face au jeu de misère des autres enfants.
Au centre de toutes les attentions du cinéaste, les enfants sont magnifiquement interprétés dont Pi-Yung, superbe petite fille, certainement l’une de
s plus inoubliables du septième art. Son innocence, sa mise en danger sont des caractéristiques propres à la société taiwanaise telle qu’elle se croit l’être. Et c’est sans compter sur le troubadour Tung Tung et sa troupe de jeunes amis. Ils seront témoins d’une atroce scène de violence de deux malfaiteurs taiwanais, et seront également victimes de la vengeance de Pi-Yung, exclu de leur groupe intégralement constitué de garçons.D'ailleurs, Pi-Yung, en suivant ces jeunes garçons, échappe de peu à la mort. Tombée en plein milieu des rails, il s’en est fallu de peu pour qu’elle quitte ce monde. Le découpage de cette action est si remarquable que certains réalisateurs devraient en prendre de la graine.
Hou Hsiao-hsien propose encore une véritable réflexion sur la représentativité de celle qui est surnommée « la folle ». Elle est assurément l’un des reflets les plus sombres, mais aussi l’un des plus généreux de cette société où les faux pas ne sont guère permis, où l’on abuse facilement de son pouvoir, de sa domination.
Heureusement, le grand-père, véritable patriarche, incarnation de la sagesse et modèle pour tous, donne à la campagne une réelle lueur d’espoir malgré la desespérance des jeunes.
Hou Hsiao-hsien a ainsi réussi là où de nombreux cinéastes tentent et échouent : faire d’une expérience familiale une véritable fable sociale. Avec sensibilité, le cinéaste prend la main du cinéphile et l’emmène là où seule sa caméra peut témoigner de la vie des campagnes taiwanaises. Un très grand moment de cinéma.
Damien Paccellieri








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