jeudi 12 avril 2007

Chicken Poets (像鸡毛一样飞)

Chicken Poets de Meng Jinghui, 2002
Avec Qin Hailu, Chen Jiabin

Ouyang Yungfei est un poète chinois dans une mauvaise passe créatrice et sociale. Il fait la rencontre de Fang Fang et se retrouve avec un logiciel apportant gloire et argent…


Chicken Poets (像鸡毛一样飞) est un ovni de la nouvelle scène cinématographique chinoise à ne manquer sous aucun prétexte. Tout comme l’était Dazzling (花眼) de Lee Xin (李欣), Meng Jinghui (孟京辉) fait partie de ces cinéastes à offrir des perspectives innovantes dans un cinéma qui parfois aime bien se pavaner dans ses fresques historiques ou s
es portraits de société. N’ayons pas peur des mots : Chicken Poets pourrait même faire l’objet d’un culte…


Ouyang Yungfei est un poète en mal d’inspiration qui vit assez misérablement la voie qu’il s’est choisit. Il se sent inutile à la société, n’a presque pas d’amis et peine à faire des efforts afin de réussir sa vie.

Admira
teur de Mayakovsky, un poète russe et l’un des pères du courant futuriste, cela ne l’empêche pas d’être ridicule face à la police lorsque ces derniers lui demandent son métier. En effet, la profession de poète est synonyme d’oisiveté aux yeux de nombreux chinois dont le matérialisme et le fatalisme sont devenus les seules armes de jugement.
Par chance Xiaoyang, son seul ami d’enfance, vient le sortir des mains de la police. Xiaoyang est devenu directeur d’une usine agricole qui élève des poules noires dont les œufs pondus sont eux aussi de cette couleur. Ces œufs auraient selon lui de grandes vertus médicales. Doué d’une faculté d’adaptation sans bornes, Xiaoyang a été au cours de ces dernières années un touche à tout fort de nombreux succès. Pourtant rien ne le prédestinait à ce travail car il connut Ouyang Yungfei sur les bancs de l’école où tout deux rêvaient de devenir de grands poètes. L’un choisira de continuer dans cette voie infructueuse, l’autre decidera de mettre une croix sur ses rêves et de devenir un manager surfant sur les tendances commerciales actuelles.
Sur ces deux parcours alambiqués se greffe celui de Fang Fang, jeune femme daltonienne, ne lui permettant pas de voir les couleurs, mis à part certaines teintes de noir, de gris et de blanc. Fang Fang est dans une situation où elle ne maîtrise pas son destin, où des emplois intéressant lui passent sous le nez. Elle subit sa vie, entre ses rêves et sa réalité.
Tout bascule cependant pour Ouyang Yungfei lorsqu’un homme qui l’agresse sur un pont lui vend un étrange cd. C’est un logiciel qui permet selon le style que l’on souhaite (psychologie, arts contemporains, etc…) de composer des poèmes sur mesures sans faire le moindre effort. Ouyang Yungfei s’essaye à ce logiciel qui lui offre peu à peu la gloire et la reconnaissance de ses pairs. Mais la réalité le rattrape : son idéal s’éloigne…

La Chine manquait cruellement de réalisateurs innovants qui osaient fantasmer sur des œuvres sortants des sentiers battus. Meng Jinghui vient remettre les pendules à l’heure et donner au public ce qu’il ne s’attendait pas à voir. En effet depuis quelques temps, le cinéma chinois avait du mal à s’immiscer dans la science fiction, des œuvres qui sortent du cadre social toujours débattu. En bref, il manquait dans ce cinéma un peu d’imagination. Chicken Poets fait partie des premières œuvres à redonner un peu de piquant à une cinématographie quelques fois monotone.
Tout commence par une imagerie hors du commun ou dirais je plutôt sortit de l’esprit d’un génie. Plans après plans, Meng Jinghui subjugue avec une maîtrise du cadre et de la couleur encore jamais vue dans le cinéma chinois contemporain. Il n’y a qu’à voir ce plan magnifique de Ouyang Yungfei avec cet avion de ligne le survolant à quelques mètres de haut. Etourdissant. Les visions monochromatiques de Fang Fang sont elles aussi superbes et donne à l’œuvre une certaine mélancolie, une certaine tristesse propre au caractère de l’héroïne.

On pourrait sincèrement prendre un bon thé et discuter des heures entières sur ces images incroyables comme les poules noires et leurs œufs de la même couleur, ces plans sous l’eau, ceux des grands espaces verts ou des déserts, les nombreux jumeaux du long métrage, l’utilisation du documentaire pour expliquer les nouvelles mesures de l’économie chinoise, le superbe cadrage lors de l’entrée en ville, ce mariage où la lumière change en plein air grâce à l’allocution de l’époux, le frigo qui sert de bibliothèque, etc…

Bien sûr, si les images sont aussi percutantes c’est parce qu’elle s’accorde parfaitement avec le caractère et la narration du film, morcelés pour mieux rejaillir en fin de films. C’est bien grâce à Chen Jiabin (陈建斌) interprétant Ouyang Yungfei et Qin Hailu (秦海璐) dans le rôle de Fang Fang (souvenez vous du personnage principal dans Durian Durian (榴梿飘飘) (de Fruit Chan) que Chicken Poets (陈果) apparaît comme une première œuvre maîtrisé d’un bout à l’autre.
Ce long métrage vous poussera certainement à la réflexion sur les décisions et les choix entrepris dans votre vie qui vous éloigne de vos rêves ou de vos perspectives idéales. C’est assurérement en cela que Chicken Poets est une œuvre à part dans le cinéma chinois de ces dernières années et qui laisse présager pour son réalisateur, de formation théâtrale, un avenir prometteur.

Ainsi et vous l’aurez compris, Chicken Poets se démarque de la foultitude d’œuvres sociales chinoises en foulant, avec un grand plaisir, un visuel sous acide. A voir en boucle.

Damien Paccellieri

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