vendredi 27 février 2009

Li Xiaolu (李小璐)

Li Xiaolu, une carrière au conditionnel

Li Xiaolu (李小璐), que l’on confond encore et toujours avec Zhou Xun, est peut-être l’une des jeunes actrices chinoises les plus sincères dans sa démarche artistique, mais qui n’arrive pas encore à convaincre, faute d’une filmographie quelque peu décevante.
Pourtant, tout avait bien commencé pour cette femme née le 30 septembre 1981 à Pékin.En effet, elle obtient le rôle principal de Xiu Xiu (1998) réalisé par Joan Chen.

Ce long métrage, l’un des meilleurs de la décennie 90, marche dans l'ombre de la rééducation d’une jeune fille dans les steppes tibétaines où la gent masculine s’acharnera à la déshumaniser, elle qui croyait pouvoir un jour retourner chez elle. Li Xiaolu interprète cette adolescente à seulement 17 ans avec une infinie justesse, innocence et violence morale dont tous les spectateurs auront du mal à s’en remettre.

Xiu Xiu est usurpée, violée, mise à nue : le film est naturellement censuré par les autorités chinoises, car en plus de ces faits l'oeuvre montre l’exploitation d’une mineure par une meute d’administrateurs communistes.
Xiu Xiu (天浴) est une telle réussite artistique qu’il sera difficile de faire mieux. C’est toute la problématique pour Li Xaiolu qui restera prisonnière en quelque sorte de sa première interprétation. Aussi, jouer un tel rôle n’a pas été sans conséquence dans sa carrière !

Les autorités chinoises ne la laisseront pas s’en tirer à si bon compte après avoir mis en accusation sur pellicule l’intégrité des communistes de la révolution culturelle. La punition est insidieuse puisque le SARFT, l’organe de contrôle de l’audiovisuel chinois, déconseillera aux réalisateurs de la prendre dans leurs films si ceux-là ne souhaitent pas de représailles.
La sentence est telle que Li Xiaolu restera principalement sur le petit écran jusqu’en 2005, car les projets passeront sous ses yeux, tout comme le temps et ses opportunités. Toutefois ces séries lui permettent d'espérer un retour sur grand écrans et de continuer un métier qu'elle dit aimer tant. Elle reviendra en 2005 avec About Love (关于爱), un long métrage en trois parties par trois cinéastes (Chine, Taiwan, Japon) où elle interprète un rôle sous les ordres de Zhang Yibai (Spring Subway, Curiosity Kills the Cat).

Cependant, cette partie, jouée à Shanghai, est la plus décevante des trois, mais n’incombe pas au jeu de Li Xiaolu, bien au contraire.
La même année, elle endosse le rôle de Hong dans Rainbow (2005) avec l’immense acteur chinois, Chen Daoming. Dans ce conte rural, Li Xiaolu est à son aise, mais le public ne la suivra pas, tout comme les critiques, qui semblent une fois pour toutes vouloir la clouer au pilori. Ce destin lui confère toutefois la plus grande sympathie du milieu cinématographique. Fidèle à de nombreux engagements humanitaires en Chine (notamment sur le Sida), elle est sincère avec ses choix, ce qui suscite toujours l’attention des autorités. Depuis, elle a joué notamment dans Blood Brothers (天堂口) d’Alexi Tan (2007) dans un petit rôle de femme naïve et rurale, deux traits caricaturaux qui lui collent éternellement à la peau et qui ont refait surface pour Desires of the Heart (桃花运) (2008), une comédie tiède. Lui laissera-t-on ainsi la chance de prouver ce qu’elle sait faire ? Depuis Xiu Xiu, sa carrière ne demande que ça.

Damien Paccellieri

1 commentaire:

  1. Farpaitement d'accord, c'est un crève coeur que cette actrice ne puisse pas avoir plus d'opportunité pour exprimer son talent.
    Dans xiu xiu, ce qui m'avait le plus frappé c'est sa transformation impressionnante au fur et à mesure du déroulement du film, à tel point qu'en sortant du cinéma je me souviens m'être demandé si c'était bien la même actrice entre le début, où on dirait presque une petite fille, en tout cas une jeune fille incarnation même de l'innocence, et la fin où on dirait une femme mûre, désabusée (il y a de quoi), avec une expression presque comme d'une prostituée en fin de "carrière".
    Après Xiu Xiu j'avais attendu impatiemment un autre film avec elle, mais en vain.
    Il y a un peu plus d'un an j'étais allé voir sur les sites chinois ses différents rôles, et j'avais été surpris de voir qu'il n'y avait que des téléfilms ou des séries, et quelques rares second rôles dans des films.

    Espérons que cela ira mieux, ainsi que pour Tang Wei, avant que l'âge ne pose un problème. A propos de Tang Wei, il est intéressant que Joan Chen soit aussi associée à Lust Caution ; j'ai beaucoup de respect pour ses choix, par contre je ne vois pas bien si pour elle aussi cela a des conséquences néfastes, elle a l'air d'avoir trouvé un moyen de contourner partiellement le problème.

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