Ce titre en forme de clin d'oeil à de nombreuses références, n'en est finalement pas un, puisqu'il dessine à mon sens parfaitement le sillon de cette manifestation cinématographique.En effet, le festival Shadows aura démontré en l'espace de quelques jours, toute la vitalité qui bouillonne derrière le grand rideau de la scène cinématographique chinoise, animée aujourd'hui par une industrialisation, importante et par quelques cinéastes connus soit, en Chine, ou à l'étranger, mais rarement dans les deux à la fois. Cette scène en ébullition, signe d'une soif d'expression artistique et sociale, est défendue et revendiquée par des documentaristes tels que Hu Jie, Ai Xiaoming, Wu Wenguang et bien d'autres que l'on ne peut pas et ne doit pas négliger, car ils sont de véritables progressistes et amènent la Chine à changer de visage.
Ceux là, considérés comme de réels artistes indépendants (économiquement, politiquement et souvent aussi artistiquement), tentent à leur manière de dévoiler toutes ces facettes qui démontrent une certaine injustice ou un dysfonctionnement dans le système chinois. Pour ces raisons, ils ne sont pas ou peu appréciés par les autorités. Un proverbe
chinois dit « pour ne pas montrer le trou d'un vêtement, adosse-toi au mur », résumant parfaitement la difficulté pour la société chinoise de se regarder telle qu'elle est sans avoir peur de montrer ses côtés les plus sombres. Mais au fond, quelle société revendiquerait avec fierté ses défauts ? Certainement aucune. Cependant, cela ne doit pas être un passe-droit ; celui de ne pouvoir ouvertement réfléchir à des situations sociales différemment que la « positive attitude » des télévisions chinoises. C'est en cela que le Festival Shadows a sa légitimité : il nous ouvre les yeux sur des hommes et des femmes qui ont des décidés à leurs risques et périls de sortir des sentiers battus, des circuits officiels pour s'exprimer sur des sujets aussi sensibles que l'expropriation de paysans, la responsabilité du gouvernement chinois dans les années folles de la révolution culturelle (mettant à mal la légitimité du système communiste fondée sur les socles maoïstes), les différents scandales d'une société dont la morale relève parfois d'un « marche ou crève », où les politiciens de certaines localités ne respectent par la hiérarchie pékinoise et n'ont aucun scrupule pour abuser de leurs pouvoirs, etc.
On apprécie donc ce rendez-vous automnal aux Voûtes (dans le 13e arrondissement de Paris) pour cet espace d'expression offert à des « messagers » dans le besoin de transmettre, de partager, d'échanger sur le devenir de leur société. Certains spectateurs se sont toutefois posé la question sur l'appellation du festival concernant le« cinéma indépendant chinois » alors qu'il s'agit plutôt en grande partie d'œuvres documentaires ou artistiques loin du cadre et des standards cinématographiques que l'on connaît.La deuxième interpellation m'est venue d'une Chinoise qui avait, je le pense, sans doute raison. En effet, cette dernière s'était épanchée sur la sélection et avait le sentiment que, sans le faire exprès, cette programmation était militante, partiale, critique, parfois jusqu'au recueil de doléances. Peut-être est-ce tout simplement l’« indépendance » audiovisuelle dans le cadre d'un pays comme la Chine qui devient un geste militant à lui seul et donne ainsi une griffe virulente, oubliant les aspects positifs sur les évolutions chinoises des dernières années.
Mais ces quelques réflexions ne ternissent en rien tous les efforts de cette deuxième édition qui, je l'espère, portera ses fruits dans les années , les mois qui viennent. Sensibiliser l'opinion sur ce t immense territoire aux multiples visages n'a jamais été une mission facile. Et c'est celle-ci que porte avec courage ce festival en devenir...
Damien Paccellieri








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