Ruan Lingyu, l'immortelle (1910-1935)Ruan Lingyu appartient à la deuxième génération d’actrices shanghaiennes, après les pionnières Wang Hanlun et Yang Naimei qui débutèrent au début des années vingt. Elle commence sa carrière en 1926, en même temps que Hu Die (le « papillon Wu »), l’autre grande actrice du cinéma shanghaien, à un moment où les actrices sont souvent comparées à des prostituées et où les femmes, avec la modernité, trouvent petit à petit leur place dans la société de consommation shanghaienne, dans les publicités et les magazines. Ruan Lingyu est repérée par Bu Wancang lors d’une audition pour la compagnie Mingxing. Elle y joue son premier film, Mariage blanc, en 1926, puis quatre autres avant de rejoindre Bu Wancang à la compagnie Da Zhonghua Baihe pour laquelle elle tourne six films.
Durant cette période, Ruan Lingyu est une actrice parmi beaucoup d’autres. Sa carrière va véritablement démarrer lorsqu’elle intègre la nouvelle compagnie Lianhua fondée en 1929 par Luo Mingyou. L’image plus positive qu’ont les actrices dans les revues et magazines shanghaiens à partir du début des années trente va favoriser la carrière de Ruan Lingyu. Les actrices sont maintenant plus reconnues pour leurs « talents » et les producteurs se servent aussi de plus en plus d’elles pour promouvoir leurs films. Dans le même temps, les revues se mêlent de plus en plus de la vie privée des actrices célèbres. La vie de ces actrices doit ressembler à leur personnage dans les films pour des critiques et de nombreux spectateurs qui ne font pas la différence entre une actrice et les rôles qu’elle interprète.
Ainsi se met en place dans le cinéma shanghaien au début des années trente une sorte de star system copié sur le modèle hollywoodien : la vie privée (les liaisons amoureuses) et publique des actrices sont passées au crible par la presse. Les actrices, et en particulier Ruan Lingyu, deviennent des images et sont l’objet des désirs, des rêves, des fantasmes et des obsessions collectives des spectateurs. Ruan Lingyu, harcelée par la presse sur ses liaisons amoureuses, incarne les dérives de ce star system.
Dès son premier rôle, Mariage blanc (de Bu Wancang), Ruan Lingyu interprète une femme qui veut échapper à la tradition mais qui échoue. Par la suite, de la jeune vendeuse de fleurs dans Herbes folles et fleurs sauvages (de Sun Yu, 1930) à Femmes nouvelles (de Cai Chusheng, 1935), en passant par Les Fleurs de pêchers pleurent des larmes de sang (de Bu Wancang, 1931), Le Petit jouet (de Sun Yu, 1933) ou encore La Divine (de Wu Yonggang, 1934), les personnages interprétés par Ruan Lingyu connaissent le renoncement, le désespoir, la folie et le suicide. Peu d’actrices, dans le cinéma shanghaien des années trente, ont eu autant de rôles tragiques.
La vie de Ruan Lingyu ressemble à ses personnages. Son suicide le jour de la fête des femmes suite aux calomnies publiées dans la presse sur ses liaisons avec Zhang Damin et Tang Jishan, et les lettres écrites par Ruan Lingyu alors qu’elle venait d’avaler le poison, laissent planer une ombre sur sa mort. Ce suicide transforme Ruan Lingyu en symbole des actrices shanghaiennes poursuivies par la presse et des femmes opprimées par la tradition. Le jour de son enterrement, son cercueil, suivis par trois cent mille personnes dans les rues de Shanghai, montre à quel point Ruan Lingyu, par ses rôles et par son geste fatal, a su toucher ses contemporains et devenir une légende. En commémoration du 50e anniversaire de sa mort, l’Association des cinéastes chinois et le Centre de recherches cinématographiques ont organisé un séminaire le 20 mars 1985 à Beijing. Si Ruan Lingyu fascine toujours aujourd’hui, dans le peu de films où l’on peut encore la voir, c’est aussi grâce à son formidable jeu naturel qui faisait dire à Wu Yonggang, le réalisateur de La Divine, que c’était une « pellicule très sensible ».
Durant cette période, Ruan Lingyu est une actrice parmi beaucoup d’autres. Sa carrière va véritablement démarrer lorsqu’elle intègre la nouvelle compagnie Lianhua fondée en 1929 par Luo Mingyou. L’image plus positive qu’ont les actrices dans les revues et magazines shanghaiens à partir du début des années trente va favoriser la carrière de Ruan Lingyu. Les actrices sont maintenant plus reconnues pour leurs « talents » et les producteurs se servent aussi de plus en plus d’elles pour promouvoir leurs films. Dans le même temps, les revues se mêlent de plus en plus de la vie privée des actrices célèbres. La vie de ces actrices doit ressembler à leur personnage dans les films pour des critiques et de nombreux spectateurs qui ne font pas la différence entre une actrice et les rôles qu’elle interprète.
Ainsi se met en place dans le cinéma shanghaien au début des années trente une sorte de star system copié sur le modèle hollywoodien : la vie privée (les liaisons amoureuses) et publique des actrices sont passées au crible par la presse. Les actrices, et en particulier Ruan Lingyu, deviennent des images et sont l’objet des désirs, des rêves, des fantasmes et des obsessions collectives des spectateurs. Ruan Lingyu, harcelée par la presse sur ses liaisons amoureuses, incarne les dérives de ce star system.
Dès son premier rôle, Mariage blanc (de Bu Wancang), Ruan Lingyu interprète une femme qui veut échapper à la tradition mais qui échoue. Par la suite, de la jeune vendeuse de fleurs dans Herbes folles et fleurs sauvages (de Sun Yu, 1930) à Femmes nouvelles (de Cai Chusheng, 1935), en passant par Les Fleurs de pêchers pleurent des larmes de sang (de Bu Wancang, 1931), Le Petit jouet (de Sun Yu, 1933) ou encore La Divine (de Wu Yonggang, 1934), les personnages interprétés par Ruan Lingyu connaissent le renoncement, le désespoir, la folie et le suicide. Peu d’actrices, dans le cinéma shanghaien des années trente, ont eu autant de rôles tragiques.
La vie de Ruan Lingyu ressemble à ses personnages. Son suicide le jour de la fête des femmes suite aux calomnies publiées dans la presse sur ses liaisons avec Zhang Damin et Tang Jishan, et les lettres écrites par Ruan Lingyu alors qu’elle venait d’avaler le poison, laissent planer une ombre sur sa mort. Ce suicide transforme Ruan Lingyu en symbole des actrices shanghaiennes poursuivies par la presse et des femmes opprimées par la tradition. Le jour de son enterrement, son cercueil, suivis par trois cent mille personnes dans les rues de Shanghai, montre à quel point Ruan Lingyu, par ses rôles et par son geste fatal, a su toucher ses contemporains et devenir une légende. En commémoration du 50e anniversaire de sa mort, l’Association des cinéastes chinois et le Centre de recherches cinématographiques ont organisé un séminaire le 20 mars 1985 à Beijing. Si Ruan Lingyu fascine toujours aujourd’hui, dans le peu de films où l’on peut encore la voir, c’est aussi grâce à son formidable jeu naturel qui faisait dire à Wu Yonggang, le réalisateur de La Divine, que c’était une « pellicule très sensible ».
Christophe Falin








Bonjour,
RépondreSupprimerJe suis une hongkongers et j'ai suivi votre site depuis un moment... Je trouve que vous êtes incroyable et si savant sur le cinéma chinois!! Les français ont beaucoup de chance d'avoir votre site, où on peut lire des choses qu'on n'entend pas partout!! même pour une chinoise comme moi. Merci merci.
Je voudrais ajouter au suject de Ruan Lingyu... que un realisateur Stanley Kwan a aussi fait un film sur Ruan Lingyu qui s'appelle 'Ruan Lingyu' en chinois et 'Center Stage' en anglais dans lequel Maggie Cheung a joué la role de Ruan LIngyu. C'est là pour la premiere fois que je trouve Maggie Cheung est une bonne actrice ;) Elle était vraiment formidable dedans.
bonne continuation!
Bonjour Michelle,
RépondreSupprimerMerci pour vos encouragements, j'espère pouvoir toujours vous apporter cette satisfaction.
Effectivement Maggie Cheung joue très bien dans ce film. Nous allons bientôt en parler.
Votre blog est très bien aussi, A bientôt.