Depuis la mort de sa femme, le vieux chef cuisinier Chu vit avec ses trois filles célibataires. Malgré le fait qu’il déplore le déclin de l’art culinaire à Taiwan, il prépare chaque dimanche à ses filles un magnifique repas. C’est le moment que choisissent ses enfants pour lui faire part des dernières nouvelles de leur vie. Jen, l’aînée, est institutrice et semble toute dévouée à son père. Chen est cadre dans une compagnie aérienne, ambitieuse et indépendante. Ning, la cadette, est amoureuse et fleur bleue. « Chu » qui, selon son habitude écoute ses filles passivement, leur réserve pourtant une surprise lors d’un grand repas dominical…
Capable de très belle réussite (Tigre et Dragon, Brockback Mountain) comme de moins belle (avez-vous dit Hulk ?), Ang Lee a sillonné les rivages cinématographiques du mélo jusqu’aux côtes du blockbuster.
Avec Eat Drink Man Woman (Salé Sucré), le cinéaste touche à la famille taiwanaise et aux mœurs évolutives de cette île, qui avec les années 80, s’est fortement américanisée. Dans ce long métrage, le réalisateur s’épanche principalement sur la vie sentimentale d’un homme alors que ces filles commencent justement à la bâtir.
Le film s’ouvre sur une scène impressionnante de préparation culinaire où le vieil homme, très grand cuisinier, prépare avec amour et délicatesse les mets les plus exquis pour ses filles.
Chen, sa deuxième fille, compte s’insta
Ce dernier, appelé d’urgence dans un grand restaurant, doit remplacer le chef indisponible pour préparer le banquet d’un grand mariage.
Dans le même temps, sa voisine (Sylvia Chang) a de grandes difficultés dans la résolution de son divorce et serait peut-être pour lui une nouvelle opportunité de refaire sa vie…
Voilà donc en quelques phrases la situation épicée d’une famille mono parentale hyperactive pour laquelle chaque jour est une nouvelle aventure.
Ang Lee arrive dans ce foisonnement social à nous communiquer des valeurs essentielles et à mener un fil de discussion autour de la vie d’un père de famille isolé, patriarche d’une progéniture projetée dans l’avenir économique taiwanais florissant.
On remarque au passage, une fois n’est pas coutume dans les portraits sociaux des cinéastes taiwanais, une relation distendue entre les personnes âgées et la jeunesse en pleine ébullition.
Cette dernière est sans surprise une grande utilisatrice de scooter, engin à 2 roues le plus utilisé à Taiwan de par son coût et sa capacité à se faufiler dans les nœuds du trafic urbain.
Celle-ci est aussi mise en exposition par la destinée des trois filles de Mr Chu donnant un bref aperçue du développement social et économique de toute une frange de la population d’antan.
D’un autre côté, leur papa joué par W
Dans cette myriade de comportements, Ang Lee manie avec délicatesse humour et moments d’intimités, voir de fragilité. De cette scène où Mr Chu prend l’ascenseur à l’hôpital sous les yeux de sa fille le croyant vaciller vers la grande faucheuse à ces petits instants où le cinéphile apprendra énormément sur les rites funéraires comme sur l’utilisation des médicaments dans la cuisine chinoise, Ang Lee ne perd pas une goutte d’intensité cinématographique.
Il va même jusqu’à côtoyer la philosophie en rapportant que tout plat a une signification particulière et que les besoins essentiels des humains sont, comme pour le titre anglais du film, « Manger, Boire, Homme et Femme ».
En y réfléchissant bien, cette pensée était au cœur de toutes les thématiques du long métrage.
Une œuvre complète, dont la saveur reste d’une grande onctuosité, et ce, malgré les années. À voir et à revoir.
Damien Paccellieri








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