dimanche 27 janvier 2008

Mon Beau Pays

Mon Beau Pays de Gao Feng, 2005
Avec Alimjan Turusbek, Dalelkhan Hader, Marjan Baylu

Dans le Xinjiang, non loin d'Urumqi, un peuple de nomade où le cheval est roi voit l'un de ses plus bels hommes, Amantaï, tombé en amour pour Maïla.
Lui est dresseur de chevaux, elle rêve de la ville...

Région riche de coutumes séculaires laissées en héritage par la Route de la Soie et les échanges entre la Chine et ses pays frontaliers, le Xinjiang est encore aujourd'hui délaissé par les touristes et les curieux. Mon Beau Pays de Gao Feng est une superbe carte postale à mi-chemin entre aquarelle des plaines, des plateaux, propres à la contrée, et tissage d'une relation sentimentale autour de thématique appartenant à l'identité culturelle de ce peuple.

Plongé dans l'élevage de chevaux depuis sa tendre enfance, Amantaï est un jeune homme vigoureux et responsable puisqu'il participe à la vie de sa yourte où son frère, mort dans un accident à la ville, a laissé sa femme en charge du grand-père et des tâches domestiques.
Maïla, jeune et belle demoiselle d'une famille voisine, rêve de devenir chanteuse et de suivre des cours à la ville, à quelques heures de cheval.

Amantaï, éperdument amoureux d'elle, ne peut la retenir face à ses projets, à sa réalisation de soi, plus forts que l'amour noué entre eux.
Elle part alors pour la capitale régional et Amantaï, malgré les bons soins pour le cheval de sa belle, ne pourra en décider autrement...
Seul et inconsolable, il est déchiré entre les responsabilités locales qui l'accablent et le désir profond de reconquérir le coeur de Maïla, à la ville...

Mon Beau Pays de Gao Feng nous laisse songer à ce que l’on ne devienne pas ouïghour, mais à ce que l’on naît ainsi. C'est inscrit quelque part dans les gênes, dès la naissance, plus légitime qu’une simple éducation. Cette adoration du cheval, seul ami de l'homme dans les immenses steppes et semblant de Taïga, est certainement l'une des premières émotions fortes du film, empathie dont il est nécessaire de faire l'effort.
Dans ces lieux hostiles et austères où des populations vivent loin de l'abondance des supermarchés, tout a une valeur, une estime, du respect.
Le grand-père, patriarche et profondément patriarcale (selon lui, on ne comprend l'importance d'une femme que lorsqu'on devient vieux), n'a vécu qu'auprès des siens dans des yourtes, assurant la transhumance de ses brebis et moutons lors des périodes propices à ces voyages.

Son premier fils, décédé, lui laisse toutefois un petit enfant, joyau de la famille, tout comme une belle-fille dont la promesse lors de la mort de son mari fut de ne jamais le quitter et d'assurer toutes les tâches nécessaires à l'entretien du quotidien de la yourte familiale.
Au milieu de cela se trouve Amantaï, dont les pensées vont à sa cher et tendre à ses heures perdues et aidant les siens le reste du temps. Il porte sur les épaules un sacerdoce douloureux, celui de son grand frère, dont le père ne semble pas vouloir alléger, bien au contraire.

Le réalisateur propose ici une lecture très intéressante des relations familiales et des opulents secrets d’une yourte.
Cette intrusion dans la vie privée de ce peuple n'en est que plus enrichissante et nous ouvre les portes du partage d’un domaine culturel et social rare.
Mais Gao Feng ne s'arrête pas en si bon chemin. En effet, le réalisateur maîtrise également son art et le fait savoir. Au lieu de s'éterniser sur une amourette impossible entre deux jeunes de mêmes origines, le cinéaste joue sur des calques bien plus compliqués, entre la ville et la campagne, entre le satisfecit de l’urbanité comme progrès social et la richesse traditionnelle de la ruralité, dont le patriarche ne se relèvera jamais.
Sans polluer son long métrage d'une naïveté indélébile ou de ficelles usées, Gao Feng porte avec fière allure une oeuvre touchante, dont la composante ethnique, sublimée par une imagerie léchée, est aux antipodes des productions employant ces cultures à des fins lucratives. Un long métrage aussi précieux que le crin d'un cheval disparu et tant aimé.

Damien Paccellieri

2 commentaires:

  1. Rares sont les films sur le Xinjiang, je serais très intéressé de le voir, est il trouvable en dvd?
    quel est son titre chinois?
    merci

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  2. hello, pardon de l'énorme retard de réponse, je suis submergé par le boulot, par les festivals, et je n(ai pas vu ton message.
    Donc le titre chinois est 美丽家园 cependant il est introuvable en DVD d'après mes recherches.

    A très vite,
    Damien

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