Voir le lien
Dans le cas de "Lost in Beijing" (le titre chinois est "Ping Guo", la pomme en français), l'Administration d'Etat de la radio, des films et de la télévision (SARFT) accuse carrément la réalisatrice "d'avoir enfreint les règlements avec des scènes pornographiques (non approuvées par la censure)". Circonstance aggravante, alors que la censure avait exigé des coupes d'au moins 15 minutes, le film avait été présenté dans sa version non coupée au festival de Berlin l'an dernier.
La société de production, Laurel Films, dirigée par Fang Li, un homme passé du business aux Etats-Unis à l'univers du cinéma, a reçu l'interdiction de faire des films pendant deux ans. Laurel Films était déjà coproducteur, avec le Français Rosem Films, d'"Une jeunesse chinoise", présenté à Cannes l'an dernier, et qui avait valu, pour à peu près la même raison, une interdiction de tourner pendant cinq ans pour son réalisateur Lou Ye. Li Yu est elle aussi une "récidiviste", puisque son premier film, "Fish and Elephant", présenté comme le premier film lesbien chinois, n'a jamais été distribué dans le circuit commercial chinois.
Cette pudibonderie de la censure chinoise est accentuée par l'approche des Jeux Olympiques de Pékin, en août prochain, et les autorités s'agacent de voir le nom de Pékin associé, dans un film montré à travers le monde, avec des scènes de sexe alors qu'ils cherchent à présenter une image aseptisée, résolument moderne, et "harmonieuse". Or "Lost in Beijing", comme beaucoup de films de la jeune génération de cinéastes chinois, s'intéresse au monde des exclus de la croissance chinoise, aux migrants des grandes villes, bref à tout ce que Pékin veut effacer le temps des JO... L'envers du décor montré à travers l'histoire d'un couple de migrants à Pékin.
Signe des temps qui changent, la sortie en Chine de la version expurgée de "Lust Caution" (qui sort en France le 16 janvier) a profondément irrité les nouveaux riches et la classe moyenne chinoise, qui supportent mal ce rigorisme officiel en décalage total avec la réalité de la société actuelle. Le New York Times signalait récemment que les Chinois aisés votaient avec leurs pieds contre la censure, en faisant des voyages à Hongkong uniquement pour y voir la version non censurée de "Lust Caution". D'autant que ce film, Lion d'or à la dernière Mostra de Venise, est tiré d'un roman d'Eileen Chang qui se déroule pendant la grande époque de Shanghaï, avant l'arrivée au pouvoir de Mao, avec laquelle la métropole actuelle prétend renouer.
Paradoxalement, la censure politique s'est quelque peu relâchée ces dernières années, permettant à ces cinéastes autrefois "underground" comme Jia Zhangke ("Still Life"), d'être distribués légalement en Chine. Mais les tabous restent nombreux et puissants, qu'il s'agisse du sexe comme on le voit avec "Lost in Beijing" et "Lust Caution", ou politiques comme l'évocation du massacre de Tiananmen avec "Une jeunesse chinoise". Un combat d'arrière garde dans une société bien plus mure que ses censeurs ne voudraient le faire croire. Heureusement, il reste les DVD pirates (ce n'est certes pas bien de pirater, mais ça permet de contourner les censures)...








Je rajoute cet article de Xinhua.net sur le problème de la question "sexe" dans le cinéma chinois:
RépondreSupprimer---------------------
Les films érotiques sont interdits dans toutes les compétitions cinématographiques en Chine.
L'interdiction qui a été décidée par l'Administration d'Etat de la Radio, du Film et de la Télévision de Chine (AERFT) concerne aussi les réalisateurs et les acteurs qui participent à ce genre de films, a rapporté le Beijing News (Xinjing Bao) dans son édition de lundi.
"La punition la plus grave pour une telle infraction pourrait être une interdiction de cinq ans dans l'industrie cinématographique", selon la nouvelle réglementation citée par le quotidien.
L'AERFT demande aux studios de tout le pays de ne pas produire de films érotiques, avec des scènes de viol, des scènes obscènes montrant les organes génitaux humains ou la prostitution, selon le quotidien, ajoutant que les conversation vulgaires et les chansons obscènes à connotation sexuelle sont aussi interdites.
L'AERFT a demandé à tous les grands studios et régulateurs locaux d'"assumer leur responsabilité en rectifiant les activités consistant à produire des films érotiques. Ceux qui vont à l'encontre de cette réglementation risquent la punitions la plus sévère qui est le retrait des permis de tournage de films, dit le quotidien.
---------------------
J'ai ajouté la vidéo chinoise pour mieux comprendre la raison de la censure (ndlr: comprendre ne veut pas dire tolérer):
RépondreSupprimerLe film a été présenté à la SARFT après moult tractations dans une version écourtée par le réalisateur de 97 minutes. La SARFT n'y voyant pas de scènes censurables a accepté que le film soit présenté à Berlin.
Mais à Berlin Li Yu a donné aux organisateurs sa version de 114 min utes comprenant des scènes que le SARFT n'avait bien entendu pas vu.
Le SARFT, présent à Berlin, s'étonna de voir de telles scènes - viol, jeux sexuels - car elle n'a jamais accepté cela dans ses films pour le marché intérieur comme pour l'export.
L'excuse de la production serait de ne pas avoir eu le temps de montrer la version de 114 minutes pour des raisons de sous titrages en allemand.
Pour l'Etat, le film a outrepassé les lois de censure et pour ces raisons à été interdit tout comme des mesures restrictives ont été appliqué à Laurel Films.
------------
Assurément la censure s'est assoupli ces dernières années mais reste un obstacle dans l'épanouissement cinématographique (consuisant bien souvent à l'autocensure).
C'est sur ce point que les cinéastes chinois doivent peser de tout leur pids pour modifier progressivement la donne
En attendant, la punition est légitimée pour l'Etat par ce jeu de passe passe avec deux versions du film, et jouer avec le SARFT est certainement la plus mauvaise idée qui soit actuellement.