lundi 29 janvier 2007

La cité Interdite (满城尽带黄金甲)

La Cité Interdite de Zhang Yimou, 2006
Avec Gong Li, Chow Yun-Fat, Jay Chou, Liu Ye

Quand le Roi rentre chez lui de manière impromptue après une longue absence pour revoir sa femme et ses deux enfants, il comprend de suite que de nombreuses choses ont changé dans son royaume...

Après Riding Alone (千里走单骑), Zhang Yimou (张艺谋) revient à ce qu'il sait faire, car Zhang Yimou c'est d'abord la science de la démesure. Tout n'est que perpétuelle surenchère visuelle et numérique. Les armées sont monumentales, les décors très chargés et des plus chamarrés. Le réalisateur se donne ainsi les moyens de donner à son film beaucoup d'allure et une importance démesurée.

Il faut aimer le genre wu xia pian, d'autant plus que le long métrage se compose principalement de deux parties : d'un côté la mise en place de l'histoire, des personnages et de leurs relations (souvent licencieuses); de l'autre, la guerre. La première partie est lanscinante et très bavarde, la seconde met encore plus de temps à se forger. Mais que sont donc devenues les combats où la chorégraphie transcendaient les images (et finalement le contraire puisqu'avec Zhang Yimou on oublie tout devant ses belles images...) ? C'est vraiment dommage car c'était surtout là que résidait la force de ce genre de cinéma. On assiste donc à des vagues de soldats se foncer les unes sur les autres sans jamais atteindre la poésie et l'exhalation d'une des référeces en la matière à savoir le Seigneur des Anneaux (d'ailleurs comparer les films de Zhang Yimou à ce genre de long métrage montre bien l'aspiration du cinéaste à devenir le Spielberg chinois).

Néanmoins, cette d
émesure est accompagnée d'un travail visuel toujours aussi saisissant mais qui repose un peu sur les mêmes principes des précédents films du cinéaste. Donc oui, c'est beau, c'est de l'hystérie collective en matière de figurants, de couleurs, de décors, mais ce sont toujours le même genre d'artifices, les mêmes ficelles. A force d'avoir recours aux mêmes moyens, les images finissent par s'appauvrir de film en film, elle perdent leur dimension poétique et épique. Par ailleurs, on commence à s'habituer à la Chine médiévale, ce n'est pas donc dans ce film qu'on apprendra quoi que ce soit sur les mœurs et coutumes de l'époque. Ce qui est surtout gênant dans La Cité Interdite, c'est que l'on retrouve encore le côté très manichéen du récit. Déjà vu dans Hero (英雄) et Le Secret des Poignards Volants (十面埋伏) , il existe une vérité et une contre-vérité, il existe un bien et un mal, souvent traduits par des codes couleurs devenus quelque peu orthodoxe.

Cette floppée de wu xia pian devient de plus en plus fades et perdent la poésie qui devait se dégager de ces combats éthiques où le
bien et le mal ne sont finalement qu'une question de point de vue. Curieusement, le long-métrage de Zhang Yimou dérange aussi par sa tendance à produire de l'anachronisme, unir des éléments qui semblent en total contradiction avec l'époque. On veut bien croire aux milliers de serviteurs, aux armées aux proportions bibliques, aux gigantesques citadelles… Mais les décolletés pigeonnants, les couleurs disco, les lentilles de contact du roi, les coucheries totalement improbables, frise le ridicule pour un tel réalisateur.

Heureusement pour cacher quelque part cette disette scénaristique, Zhang Yimou se paie le luxe d'avoir une pléiade de star à commencer par l'immense Chow Yun-Fat (周润发). S'il est loin de forcer son talent et si son mandarin ressemble plus à de la phonétique qu'à autre chose, ses apparitions sont toujours exaltantes avec le gage d'une interprétation matinées par des années de métier. Pour lui donner la réplique, Gong Li (巩俐) abandonne les habits de geisha pour les très chargées parures d'impératrice. Aussi touchante que létale, son interprétation est en tout point remarquable. Enfin Jay Chou (周杰伦), gigantesque star de la chanson en Chine, souffre encore d'un certain amateurisme et d'un léger strabisme un tantinet gênant. Au final La Cité Interdite se révèle sans surprises. Le dernier long métrage de Zhang Yimou n'atteint jamais l'onirisme et la poésie que pourrait prodiguer ce genre de cinéma, d'autant plus qu'à aucun moment, l'histoire n'est à la hauteur du reste.

Un film calibré pour l'Occident en somme… le tout est de savoir combien de temps cela va durer ?
le trailer

Romain Domec

flash info : the door de li shaohong

L'une des plus grandes dames du cinéma chinois vient tout juste de sortir The Door, son dernier film en date. La réalisatrice de Matin couleur de sang s'essaye au genre angoisse/polar avec Chen Kun (Balzac et La Petite Tailleuse Chinoise) dans le rôle titre. Arriverait t'elle à nous faire peur ? C'est possible, mais ce ne sera par ingéniosité. En effet, La carrière de Li Shaohong prend une drôle de tournoure. Celle qui fut l'une des premières femmes de la cinquième génération à prendre aux hommes leur pouvoir cinématographique semble délaisser sa fougue sociale qui la rendait si précieuse...

le trailer

vendredi 26 janvier 2007

Conférence par luisa prudentino à Rennes le 26/01/07

Vous ai-je dit que les habitants de Rennes et ses environs sont des petits veinards?
Une conférence menée par Luisa Prudentino sur « le cinéma chinois, reflet de la société chinoise contemporaine » est fixée au vendredi 26 janvier 2007 - 18h30 à l'auditorium de la Maison Internationale de Rennes .
Il sera demandé une participation de 2 euros aux non adhérents.
Luisa Prudentino est une sinologue dont vous aurez souvent des nouvelles puisqu'elle fait partie des personnes qui donnent leurs temps afin que nous, cinéphiles, puissions mieux appréhender ce cinéma si interessant. C'est une grande spécialiste du cinéma chinois et est déjà intervenue à ce titre dans de nombreuses conférences sur le cinéma chinois en Bretagne et en particulier à Rennes pour l'année de la Chine.

Elle est aussi l'auteur d'un livre : "Le regard des ombres" aux éditions Bleu de Chine (2003). Vous pouvez lire ici notre entretien sur le cinéma chinois


jeudi 25 janvier 2007

Le Cinéma de Shanghai (Festival des 3 Continents)

Si il y a un festival qui a contribué à la reconnaissance du cinéma chinois sur notre territoire c'est bien le Fetival des 3 Continents. Par sa programmation et par son audace, cet évènement annuel a tout de même permis de révéler au monde entier le talent d'un certain Jia Zhangke.
Dans la voie de cette démarche qualité, je vous propose en fichier pdf un dossier tiré de la programmation de 1996 sur
le cinéma de Shanghai. Cette mine d'information écrite par Li Hengji n'a pas pris une ride et à lire de toute urgence pour tous les amoureux de cette ville hautement cinématographique.

Régis Bergeron, autour d'une pensée de Hou hsiao-hsien, concluait son dernier livre sur le cinéma chinois en disant qu'elle deviendrait la capitale des cinémas d'Asie.

Voici en quelques pages son portrait: Le Cinéma de Shanghai


mardi 23 janvier 2007

Chine ma douleur (牛棚)

Chine Ma Douleur de Dai Sijie, 1989
Tourné avec des acteurs non profesionnels

Tian Bien, un jeune adolescent de 13 ans, est envoyé en camp de rééducation après avoir passé sur son tourne disque une chanson interdite par les autorités de l’époque…


« La révolution culturelle est une révolution qui servira les hommes ». C’est ainsi que s’ouvre le film contesté Chine Ma Douleur de Dai Sijie (戴思杰), œuvre du plus français des cinéastes chinois. Le long métrage nous conte la vie de Tian Bien, un jeune garçon de 13 ans dans les années de la révolution culturelle, qui pour séduire sa jeune voisine met sur son tourne disque une vieille chanson d’amour.


Pour avoir passé cet ancien vinyle, Tian Bien est condamné à une autocritique sur place publique et à un long séjour en camp de rééducation, appelé « Niu Peng (
牛棚) » (en français : la cabane du bœuf).
Envoyé dans une région montagneuse et peu peuplée, Tian Bien retrouve d’autres condamnés qui comme lui ont commis des actes considérés comme anti-révolutionnaire par le pouvoir en place. Toutes ces personnes tombent sous la responsabilité d’un seul chef et sont immédiatement appelés à mettre un cône en papier sur la tête afin de leur remémorer à chaque instant leurs imbécillités et par la même occasion les déshonorer. Dans ce camp où il n’y a ni gardien ni soldat, juste des rééduqués en autarcie, la vie passe se meublant d’une inutilité sociale impensable jusqu’alors.

Des chants le matin pour le vénérable président Mao, à quelques tâches usuelles exécutés sans motivations, Tian Bien subit la plus terrible des injustices. De sa famille, il n’en reste plus rien : son père est mort, sa mère est partie elle aussi se faire rééduquer. Heureusement un vieux moine taoïste prend le relais familial et assure un contact social avec le jeune adolescent. Ce vieil individu intrigue Tian Ben car il passe ses journées sur les collines à prier et à s’occuper des pigeons présents dans les hauteurs.
Une certaine solidarité s’installe entre ces deux êtres singuliers et plus généralement entre tous les rééduqués du camp. Mais un jour, Tian Bien tombe gravement malade. Heureusement le vieux moine se trouve à ses côtés. Personne ne semble s’intéresser au sort de Tian Bien car chacun fait face à ses propres problèmes. Cependant le vieil homme ne perd pas un seul instant pour partir en forêt afin de trouver les herbes médicinales nécessaires pour guérir le pauvre adolescent. Il lui prépare une mixture qui le soignera peu à peu de sa maladie.

Pourtant les problèmes ne s’arrêtent pas là puisque le camp n’est pas propice à une alimentation correcte.
Tian Bien, en pleine forme depuis ses déboires de santé, est désigné avec l’un de ses jeunes collègues de camp pour chercher dans la ville la plus proche les aliments nécessaires au bon fonctionnement du camp. L’ami de Tian Bien n’hésite pas à profiter de cette sortie pour se goinfrer de raviolis, de mets délicieux qui ne sont pas disponibles dans leur refuge pour rééduqués. Il se remplit la pense sans jamais s’arrêter, les yeux plus grand que le ventre. Et comme la grenouille voulait être aussi grosse que le bœuf, son corps ne supporta pas cette suralimentation à la source d’un malaise mortel…

Dai Sijie réalise avec Chine Ma Douleur une œuvre critique des aspects sociaux les plus effroyables de la révolution culturelle chinoise de 1966 à 1976. Par une mise en scène très effacée, le cinéaste démontre la stupidité d’une période échelonné sur dix années. A partir d’ un décor français du Sud Ouest, Dai Sijie s’est réinventé un décor naturiste tel ce qui peut être trouvé dans le Sichuan. D’ailleurs pour les touristes vous pouvez encore aujourd’hui vister le repère qui a servit de camp pour le film.

Le premier élément historique étonnant de ce long métrage voit le jour dans la complète autonomie d’un camp de rééduqués. En effet, il y a juste la présence d’un superviseur qui chapeaute l’ensemble des tâches et du lieu. Autrement,
personne ne surveille les rééduqués. C’est ainsi que les camps ne ressemblent pas à des prisons comme on les connaît mais plutôt à des prisons mentales où les individus perdent leurs temps et se désociabilisent au lieu même d’en garder une trace idéologique communiste.
Mais alors pourquoi personne ne tente l’évasion? Peut être simplement parce que la peur jugule cette envie ou peut être aussi parce que le camp est loin de toutes habitations. Malgré la très grande passivité des rééduqués, il subsiste en chacun d’eux une grande violence intérieure impossible à exprimer si ce n’est dans des actes déchaînés. Dai Sijie parfait son œuvre par son équipe d’acteurs non professionnels qui n’ont pour la plupart jamais vu la Chine et sont tout juste des français d’origine asiatique. C’est d’ailleurs ce choix qui pose une certaine ambiguïté car la langue la plus couramment parlé dans le film est le cantonnais alors qu’elle devrait être le mandarin à la vue des lieux géographiques et des informations données par le réalisateur.

On peut penser aussi que Chine Ma Douleur est une sorte de préalable et de chantier d’essai à son autre film, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise (巴尔扎克和小裁缝), puisque de nombreuses scènes servent de référentiels. On se souviendra du binoclard mais aussi de la fameuse chansonnette « Mozart pense à Mao ». Chine Ma Douleur est donc une œuvre charnière pour la compréhension de cette période encore sulfureuse dans le cœur des chinois. Ses réflexions, notamment avec la scène où une troupe d’artiste de propagande croît divertir des paysans alors que ce sont des rééduqués, évoque la puissance destructrice de ces années folles, véritable précarité sociale et intellectuelle infligées aux chinois.

Damien Paccellieri

lundi 22 janvier 2007

flash info : getting home de zhang yang

Getting Home, le nouveau film de Zhang Yang (Shower, Quitting, Sunflower) vient de sortir en Chine avec en tête d'affiche le célèbre et non moins excellent Zhao Benshan, l'un des comiques les plus populaires de Chine. Avec Fan Wei, Zhao Benshan anime un spectacle à chaque nouvel an chinois sur CCTV qui fait un carton. Il fait rire les chinois avec des pièces comiques exceptionnelles. Je me rappelle avoir assisté au nouvel an 2005 où Zhao Benshan vendait à son collègue souffrant (sous les traits de Fan Wei) une chaise roulante dont il n'avait pas besoin. Un sketch à mourir de rire.
Getting Home, le titre anglais, n'est pas tout à fait en accord avec le titre original qui rappelle que chaque chose finissant sa vie revient à la terre de ses ancêtres. Cela est tiré d'une célèbre expression qui signifie "les feuilles tombant de l'arbre reviennent toujours vers ses racines"


Tiré d'un fait divers, Getting Home nous conte le péril de Lao Zhao, qui tient à tenir la promesse fiate à l'un de ses amis, à savoir le ramener à sa terre natale si celui venait à mourir. Une fois mort, Lao Zhao tient sa promesse en le portant sur son dos à travers toute la Chine direction les terres de leur enfance...

Film quelque peu polémique car la mort nous concerne tous, le nouveau long métrage de Zhang Yang semble attiser déjà la passion des cinéphiles et pourrait concourir au Festival de Berlin 2007.

dimanche 21 janvier 2007

Flash info : Luc Besson achète Crazy Stone

C'est officiel: Luc Besson le cinéaste (Léon, Nikita...) et producteur (Banlieue 13 et bien pire encore...) vient d'acquérir les droits du film Crazy Stone de Ning Hao (Mongolian Ping Pong) pour une sortie en France, gros carton au cinéma chinois puisque cette oeuvre low cost s'est révélée très fructueuse au box office chinois.

Le film narre la vie mouvementée d'employés d'usine à Chongqing qui trouvent un pierre précieuse. Seulement ils ne sont pas les seuls sur le coup: des voleurs la convoitent aussi... Burlesque, drôle et social, Ning Hao réussit l'exploit de fédérer le public chinois autour de ce petit budget (aidé par Andy Lau) alors que les grosses productions américaines et chinoises se lattent à coup de dollars et de yuans.
Luc Besson arrive tout de même à être dans les meilleurs coups cinématographiques d'Asie, révélant Tony Jaa au public, préparant la sortie de Citizen Dog, excellent film thai, et maintenant Crazy Stone.

22 Yuans (22 元)

22 Yuans de Du Jie, 2001
Court métrage





Du Jie, encore jeune réalisateur débutant, a bien entendu fait ses premières armes avec des courts métrages comme 22 Yuans, son deuxième de l’année 2001 avec Hot Summer.

La trame est toute simple : le spectateur se place la plupart du temps en vue subjective d’un chauffeur de taxi qui croise sur s
a route une jeune auto-stoppeuse.
Il décide de la prendre dans sa voiture et commence à voir qu’elle essaye de lui faire du charme.
Sceptique au départ, le
chauffeur se laisse finalement faire jusqu’à effleurer le long de ses cuisses et imaginer des rêves phalliques où les deux occupants de la voiture serait à l’origine de la moiteur et autre buée des vitres du taxi.
Seulement tut s’enchaîne rapidement, ses rêves se dissipent car la jeune femme doit descendre.

Le chauffeur lui rappelle l
e coût de cette course : 22 yuans. C’est à ce moment que la passagère lui rétorque un argument semblant compenser ce paiement, et prend directement la poudre d’escampette…

Avec 22 Yuans Du Jie s’essaye à la métaphore et aux enjeux techniques de la réalisation. Ces derniers se ressentent tout au long de cet essai cinématographique puisqu’il s’impose d’emblée une vision monochrome noir et blanc. Pourtant le jeune cinéaste s’extirpera de ce rendu au moment où le chauffeur rêve de faire l’amour avec sa passagère. Soudain, la couleur reprend ses droits ainsi qu’une dérive comique inefficace. Du Jie montre bien sa volonté à tester certains procédés afin de certainement les exploiter le jour où il réalisera un long métrage.

Mais ce n’est pas tout car le court métrage est privé de son jusqu’à l’arrêt de l’auto-stoppeuse où le compteur dévoile les 22 yuans à payer. Le titre du court métrage est donc étroitement en relation avec cet avènement sonore même si on ne comprend pas très bien la volonté de l’auteur mis à part l’originalité ou peut être soulever un parallèle avec la tarification d’un acte sexuel.

Au final ce court tourné en DV donne un aperçu de l’émergence d’une technique et d’un perfectionnement chez Du Jie sans pou
r autant être totalement désintéressant. En effet, le turnover final nous révèle l’identité de cette fille et poussera certainement le cinéphile à se poser de nombreuses questions sur des réflexions proches de celles du cinéaste Cui Zi’en (崔子恩).

Damien Paccellieri

samedi 20 janvier 2007

Un Père à Pékin (看车人的七月)

Un père à Pékin de An Zhanjun, 2004
Avec Fan Wei, Zhao Jun, Chen Xiaoyi

Du Hongjun est un modeste gardien de parking à Pékin. Divorcé, il vit seul avec son fils. Mais plus pour longtemps, car il va enfin se marier avec Xiasong, une jolie fleuriste. Alors que le mariage est imminent, le premier mari de Xiasong, le violent Liu San, sort de prison et fait savoir qu'il s'oppose catégoriquement à cette future union. Méjugé par son fils, lâché par celle qu'il aime, harcelé par l'ancien détenu, Du Hongjun doit faire face, seul contre tous.

Extrait 1 du film
Extrait 2 du film



Présenté au Fe
stival de Vesoul 2006, Un Père à Pékin (看车人的七月) a eu le droit aux applaudissements en fin de projection. Inutile de vous préciser que cette petite indication est un énorme gage de qualité pour une oeuvre inconnue jusqu'àlors qui n'a pas eu le droit à de la publicité ou aux honneurs d'un quelquonque festival. Avec Un père à Pékin en première française, la capitale des cinémas d’Asie s’est sertit d’un des plus beaux joyaux cinématographique de l'année 2006 ( même si le film date de 2004 en Chine).

L’orfèvre An Zhanjun (安战军) est connu pour être une vedette montante de la télévision et du cinéma chinois. Son téléfilm Year after Year relate les changements sociologiques de la société chinoise, années après années depuis le milieu du siècle passé jusqu'à sa fin, où chaque épisode est égal à 1 an. Le succès retentissant de cette série lui a per
mi d’enchaîner les longs métrages jusqu’à Un père à Pékin. Celui-ci expose la vie de Du Hongjun, homme divorcé dont le travail consiste à guider les clients d’un restaurant vers des places de parking libres. Rien de valorisant pour un père de famille dont le fils, Xiao Yu, semble avoir quelques problèmes de comportement à la source de ses mauvais résultats scolaires. Mais Du Hongjun est un homme bon. Pas vraiment attirant physiquement mais d’une gentillesse sans limites. C’est ce que sa nouvelle femme Xiasong aime le plus chez lui. Fleuriste de métier ayant divorcée de son mari jeté en prison, la chance lui sourit à nouveau avec Du Hongjun. Seulement Xiao Yu n’est pas encore prêt à accepter Xiasong dans la famille, car comme tout enfant il est difficile de voir son père débuter une nouvelle relation. Comme si les ennuis ne suffisaient pas, Liu San, l’ancien mari de Xiasong vient tout juste de sortir de prison et souhaite reprendre sa femme.

En effet, malgré
son attachement à Du Hongjun, Xiasong n’a pas pu finalisé les papiers du divorce car Liu San ne supportait de voir sa belle se refaire une vie alors que lui croupirait en prison. Liu San explose de colère lorsqu’il voit Du Hongjun et reprend sa femme par la force. Le pauvre Du Hongjun est quelqu’un d’honnête et de terriblement peureux, il n’a aucune confiance en lui. Sa situation précaire, son fils en difficulté scolaire, puis maintenant sa femme qui retourne avec son ancien et toujours mari, montrent comment la vie peut être difficile pour un père à Pékin. La France accuse un sérieux retard sur les films de Chine continentale puisque Un Père à Pékin date déjà de 2004. Néanmoins un diffuseur, Eurozoom, a eu le mérite de le sortir sur grand écran et c’est tout à son honneur puisque cette œuvre s’inscrit comme une petite merveille de sentiments humains. Tout le monde dans sa vie s’est déjà posé des questions sur son père, tout en le regardant comme un héros. Fort, courageux, gentil, talentueux sont toutes les qualités d’un père pour un enfant. Seulement lorsque l’adolescence arrive, un fils commence à percevoir les failles et le mythe du héros s’achève dans une simple perspective ordinaire. Un père à Pékin donne toute son ampleur à ce dernier qualificatif : celui d’un homme fragile, ordinaire. Du Hongjun est un homme désemparé face à son destin. Il n’a malheureusement pas toutes les qualités requises pour avoir confiance en lui.

Un boulot précaire, une petite maison, un fils pas toujours facile… bref Du Hongjun a le moral à zéro.
Son seul rayon de soleil est l’amour porté par Xiasong. Mais celui-ci disparaît vite face aux nuages orageux représentés p
ar Liu San. An Zhangjun, d’un talent certain dans le domaine social, réussit adroitement en un tour de main à changer les perspectives et à passer du regard de Du Hongjun à celui de son fils Xiao Yu. C’est à ce moment précis qu’un Père à Pékin gagne toute sa densité émotionnelle. En effet, quel regard peut porter un fils sur un père désoeuvré ? Comment Du Hongjun peut se plaindre de son fils si il ne donne pas le bon exemple à suivre ? Xiao Yu peut il accepter Xiasong et son lot de problèmes, mettant en péril sa relation avec son père ?

Toutes ces réflexions sont habilement traitées par le cinéaste et nous pousse à verser quelques larmes pour ceux sensibles à la rel
ation père fils. Lorsque ce fils voit la peine et la honte que son père a envers lui-même, il tente alors de faire de son mieux pour combler ses attentes. Malheureusement il ne réussit qu’à faire pire. Il souhaiterait tellement que son père soit fier de lui. En même temps Xiao Yu ne peut voir son père se dégonfler face à Liu San. Cette situation emporte le cinéphile vers de nouvelles réflexions, notamment vers les solutions pour se débarrasser de Liu San, véritable trublion intouchable par la loi mais qui pourrit la vie de Du Hongjun.

On se demande aussi comment Xiasong vit cette situation, prise entre deux feux, de celui qu’elle aime et de celui dont elle est encore légalement la femme.

Pour ce faire, le cinéaste suit une trame à la fois comique et tragique terminant en un drame éloquent.
Inutile de vous parler de la superbe imagerie d’Un père à Pékin car seul ici le social importe. On se souviendra ainsi du gâteau d’anniversaire, du sentiment impulsif de Du Hongjun, des ennuis sur le parking, du fils en détresse et du monde carcéral... Oui je dis bien du monde carcéral car An Zhanjun nous en dévoile l’environnement même si cela s’orchestre avec naïveté (la faute à Xiao Yu). Le public retiendra certainement et pour longtemps la prestation de Fan Wei (范伟), nouvel "espoir" du cinéma chinois (malgré son âge). Célèbre ami de Zhao Benshan (赵本山), il est son camarade dans les one man show du nouvel an dont les chinois raffolent.


Cette nouvelle génération d’acteurs issue du rire génère donc un profond talent dans le tristesse, ce qui était encore il y a quelques années impensable (parallèle possible avec Takeshi Kitano qui lui s'est plutôt dirigé vers une certaine violence sociale).


Ainsi Un Père à Pékin est à savourer avec peine et serait un excllent choix éditorial si unDVD venait à voir le jour (messieurs les éditeurs vous êtes prévenus).

Damien Paccellieri

vendredi 19 janvier 2007

Balzac et la petite tailleuse chinoise (巴尔扎克和小裁缝)

Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise de Dai Sijie, 2002
Avec Zhou Xun, Liu Ye, Chen Kun

Après le succès phénoménal de son œuvre littéraire Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, Dai Sijie (戴思杰) décide de l’adapter au cinéma. Le cinéaste exploite avec talent sa matière écrite tout en façonnant certains aspects pour les rendre bien plus cinématographiques.

Dans la Chine des ann
ées 70, en pleine révolution culturelle, les intellectuels sont rééduqués à la campagne et pousser à travailler avec les paysans afin de les mettre face à la réalité du terrain tel que le pense le régime communisme d’antan. Luo et Ma, deux fils d’intellectuels, sont contraints à suivre cette mesure et se retrouvent en plein Sichuan, dans une région montagneuse et luxuriante.

Perdus entre la brume, les chemins escarpés et les multiples rivières, Luo et Ma atterrissent dans un petit village de paysans qui n’a connu que le travail agricole.

Dès leur arrivée, les paysans saisissent leurs biens les plus étranges comme ce violon dont ils ne connaissent pas l’utilité. Pour le sauver da la destruction, les deux jeunes adolescents font croire que cet instrument de musique permet de jouer des sonates à la gloire de Mao.

Cela sonne le début d’une vie difficile où les corvées dans les rizières sont exténuantes et dangereuses. Mais ils ne savent pas encore qu’ils risquent de passer toute leur vie ici. Un jour, Luo et Ma font la connaissance d’un vieux tailleur et de sa petite-fille. Chargé de concevoir les habits destinés au paysan des environs, le vieux tailleur se met au service du village et incarne un soupçon de modernité avec sa machine à coudre et son degré d’éducation.

Luo n’est pas insensible au charme de la petite tailleuse et tente de l’éduquer par divers contes chinois et nord coréens alors en vogue pendant la révolution culturelle.
Les deux intellectuels sont même chargés de conter aux villageois le film passé par un projectionniste itinérant, allant de villages en village. Par ce biais Luo et Ma gagnent la confiance des villageois.
Ils découvrent grâce à la petite tailleuse qu’un autre rééduqué, surnommé le Binoclard, possèderait une valise pleine de roma
ns étrangers. De Flaubert à Dickens, Luo et Ma sont subjugués par la lecture de ces œuvres, notamment celles de Balzac. Cette littérature était alors proscrite par le régime de l’époque car subversive et bien plus encore. C’est ainsi que la petite tailleuse façonne son éducation sentimentale grâce à Balzac qui semble être le seul à la toucher dans son intégrité féminine. Elle se libère petit à petit de son enclave idéologique, s’attache à Luo, découvre sa sexualité et décide de partir vers d’autres horizons….

Dai Sijie est décidemm
ent étonnant. Après son premier long métrage Chine Ma Douleur daté de 1989 et deux courts/moyens métrages Tang le Onzième et le Mangeur de Lune, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise marque certainement la quintessence du talent cinématographique de ce réalisateur.
D’une beauté sans égale où le vert domine toute autre couleur, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise soulève aussi de nombreuses ré
flexions sur la période de la révolution culturelle, petit pêché mignon de Dai Sijie.

En effet, il semble que cett
e période traumatisante pour les chinois l’ai bien plus affecté personnellement que l’évolution actuelle de la Chine. D’ailleurs c’est à se demander si Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise ne serait pas une œuvre totalement autobiographique en addiction avec Chine Ma Douleur.

Grâce à ses œuvres, les cinéphiles ont la chance de découvrir ce que les intellectuels de l’époque ont subit afin d’être endoctriner à la politique communiste populaire. Mais curieusement ce n’est pas l’engagement politique du long métrage qui se place comme centre d’intérêt prédominant mais plutôt la liberté qu’expriment les œuvres littéraires à la petite tailleuse chinoise. Sa rencontre avec les deux autres adolescents de son âge l'engage dans une introspective à la découverte de ses sentiments et de ses ambitions. Superbement interprété par Zhou Xun (周迅), la tailleuse chinoise est la clé de voûte de l’œuvre car elle reflète toutes les possibilités. L
es deux jeunes Luo (Chen Kun) et Ma (Lou Ye) , victimes de la révolution culturelle font preuve d’un féroce courage et d’une malice dont les cinéphiles se souviendront encore longtemps. De « Mozart pense à Mao » à l’horloge déréglé dans les mines, l’humour ne fait pas d’absentéisme, malgré les douleurs déchirantes de cette période. Le personnage du chef du village est lui aussi formidable dans sa capacité à être victime mais aussi manipulateur dans sa manière d’employer Luo et Ma afin de divertir les villageois.

Puis, la dernière demi heure du film glisse doucement vers la nostalgie non pas d’une époque mais plutôt d’une jeunesse oubliée, calfeutrée dans une période politique troublante.


Avec ce long métrage il est clair que Dai Sijie arrive enfin à donner une propre griffe à ses films, doté d'un développement haletant (qui manquait à Chine ma Douleur) qui agite lourdement le drapeau de la détresse mais bien plus encore celui de l’amour et de la vie poétique de trois adolescents en perdition.

Témoignages de Chen Kun : 1 - 2 - 3 - 4
Témoignages de Zhou Xun : 1- 2 - 3
Témoignages de Liu Ye : 1 - 2 - 3

Damien Paccellieri

jeudi 18 janvier 2007

Acteur : Liu Peiqi (刘佩琦)

Liu Peiqi, l'acteur qui fait pleurer la Chine

Reconnaissez vous cet acteur ? Mais oui, regardez le de près, c’est le papa dans lEnfant au Violon de Chen Kaige. Il fait partie des acteurs chinois dont on aime suivre la carrière.

Né en 1958 à Pékin, il fait ses débuts dans une école théâtrale et artistique de l’armée pour apprendre les bases de ce qui deviendra son futur métier.

Liu Peiqi n’est pas le genre d’homme à avoir froid aux yeux car il passe les années suivantes à Urumqi, capitale du Xinjiang (région ouïgoure), une contrée où les conditions de vie sont particulièrement difficiles.


Il arrive au cinéma en 1986 avec son tout premier film The Broken Promise de Wang Haowei mais il est loin d’être encore le talent qu’il est aujourd’hui (classé dans la catégorie 1 des acteurs officiels. Le rang des acteurs officiels se composent de 3 catégories, la première étant la plus importante, la plus exigeante). La même année Lui Peiqi adhère à la troupe nationale de théâtre à Pékin et continue sa carrière faite de petits rôle comme Summer Adventure (1991) jusqu’à une certaine composition dans Qiu Ju de Zhang Yimou en 1993.

C’est alors la providence pour cet acteur qui multipliait les petites apparitions au cinéma. Il enchaîne l’année d’après avec Ermo de Zhou Xiaowen, une des grandes œuvres chinoises des années 90. Ainsi, en seulement deux films, Liu Peiqi acquit une renommée nationale.
Continuant son exaltant chemin de croix, il ajoute à son tableau de chasse d’excellents longs métrages comme A Day without Lei Feng (1996) et débarque cette fois ci sur la scène internationale avec Shadow (1999) d’Ann Hu qui engrange un énorme succès dans les festivals internationaux.
Quatre années plus tard la carrière de Liu Peiqi est à son firmament avec sa participation à L’enfant au violon de Chen Kaige dans le rôle du père qui se sacrifie corps et âmes à la réussite de sa progéniture. Il reçoit le prix du meilleur acteur au festival de San Sebastian ce qui ne s'était jamais produit auparavant pour un chinois.
Depuis Lui Peiqi continue à son rythme dans le monde du cinéma chinois et vient tout juste de se remettre en selle pour Sweet Gun (2006) un nouveau long métrage auquel participe le frère de Jiang Wen, l’excellent Jiang Wu (souvenez vous de l’acteur dans Shower qui jouait le frère attardé).

Liu Peiqi a tout pour lui, et notamment une sacrée puissance lacrymale. En effet, cet acteur ne joue par sur sa force ou sa virilité mais sur ses fêlures, ses faiblesses ou bien encore sur sa paternité. Il est difficile de lui résister et rares sont ceux qui ne versent pas de chaudes larmes, notamment les chinois, après avoir regardé le long métrage sur la vie du soldat Lei Feng.
Il est assurément aujourd'hui l’un des meilleurs acteurs chinois, toutes générations confondues.

Damien Paccellieri

Pas un de moins (一个都不能少)

Pas Un de Moins de Zhang Yimou, 1999
Tourné avec des acteurs non professionnels


A la veille de ses films commerciaux comme The Curse of Golden Flower, il est réellement passionnant de se plonger dans les anciens longs métrages de Zhang Yimou (张艺谋) et de découvrir un cinéaste au double visage : celui d’un grand conteur social avec Vivre!, Epouses et Concubines ou Pas un de moins, et celui d’un aventurier chanceux (de manière lucrative) avec ses épopées
commerciales de Wu Xia Pan telles Hero et le Secret des Poignards Volants.
Ici place à la société chinoise d’aujourd’hui ou devrais je dire plus précisément celle de l’avant 2000, date de réalisation du long métrage.



En effet, Pas un de moi
ns (一个都不能少) nous invite à découvrir la passionnante et difficile vie d’une adolescente de 13 ans, Wei, dont le seul mérite fut d’être allé à l’école suffisamment longtemps pour se voir nommer institutrice remplaçante d’une école élémentaire. Pour ce faire, le chef du village et l’instituteur sur le départ lui présente sa classe composée d’enfants d’âges différents, premier indice révélateur de l’extrême pauvreté de certaines campagnes chinoises.

On lui présente notam
ment un élève en particulier, le jeune Zhang, sorte de schtroumpf farceur disposé 24h sur 24h à semer la zizanie au sein de la classe. Ainsi, bien que très remuant, Zhang est l’enfant d’une famille pauvre dans laquelle sa mère est dans l’incapacité de travailler.
L’enfant n’a donc pas d’autre choix de devenir temporairement le chef de famille et de migrer à la ville pour y trouver un emploi. Seulement, ne connaissant rien aux subtilités citadines, Zhang est victime de l’espièglerie des citoyens tandis que Wei avait promis à son instituteur, prématurément partit, de ne laisser aucun enfant hors de la portée bienfaitrice de l’école. Wei s’engage alors dans une recherche interminable afin de ramener Zhang à sa scolarité ...

On ne sait pas où se déroule géographiquement l’aventure humaine de Pas un de Moins mais on peut toutefois deviner qu’elle se déroule dans une région à proximité de Xi’an d’où est originaire Zhang Yimou.
En cette année de 1999, le cinéaste tente le pari fou d’employer uniquement des acteurs non professionnels, méthode déjà employé par Chen Kaige (陈凯歌) ou Tian Zhuangzhuang (田壮壮), afin d’accentuer d’avantages les émotions dégagées par les personnages.
Cette petite folie est toutefois un succès car les acteurs de cette épopée sociale nous transportent dans un voyage fascinant au cœur de la Chine, au cœur de sa pauvreté, au cœur de l’exode rurale et au cœur finalement des grandes richesses sociales du peuple.


Zhang Yimou commence par un développement du type documentaire pour évoquer l’existence d’une très grande misère au sein des régions les plus reculés de la Chine. Avec ces chants nationalistes comme seul soutien moral à cette disette, le cinéaste dresse le portrait d’une société à deux vitesses : d’un coté les grandes villes tel Pékin, Shanghai ou Canton et dans une moindre mesure Xi’an et de l’autre des contrées où le taux d’analphabétisation est grandiloquent tout autant que le manque à gagner des paysans.

Mais Zhang Yimou sait aussi caresser dans le sens du poil avec la formidable idée de communisme (au sens noble du terme) même dans les situations les plus désespérées.


Dans un deuxième temps, Pas un de Moins nous plonge au cœur même de la ville, à la recherche de Zhang, histoire de bien assimiler les différence entre village et zone urbaine afin d’y découvrir toute une manne de petits boulots pour les enfants où de nombreux paysans n’hésitent pas à envoyer leur progéniture pour quelques yuans.

Ce labyrinthe social piège le jeune Zhang et son institutrice. Elle qui ne connaît pas la ville, issue de la campagne profonde, elle ne perd pas espoir en la recherche de son élève, en employant toute une panoplie de méthodes et son plus grand courage. On y observe toutes les démarches individuelles entreprises dans un pays dont l’un des fondements réside dans la solidarité du peuple. Heureusement les médias, seul moyen efficace de trouver un garçon égaré, se penche sur cette disparition grâce à la persévérance de la jeune institutrice. Zhang Yimou ouvre ainsi une troisième perspective d’analyse sur le pouvoir des médias et sur le peu d’intérêts que portent ceux-ci sur les campagnes et généralement les régions de l’Est de la Chine, si ce n’est sur un ton culturel et folklorique enjoué à mille lieux de la réalité.
Attention tout de même : Zhang Yimou a bien changé depuis ses premiers films revendicatifs. En effet depuis Keep Cool, le cinéaste chinois courbe l’échine aux autorités chinoises. On se demande où est passé l’auteur d’Epouses et Concubines, Le Sorgho Rouge, ou bien encore Qiu Ju. Serait il mort avec ses œuvres ? La suite de ses longs métrages à savoir Happy Times, Hero et le Secret des Poignards Volants étayent amplement ce changement.

Peut être préfère t’il aujourd’hui être une icône du cinéma chinois pour son peuple plutôt que d’être un cinéaste militant ?


Dans le cas de Pas un de moins, le réalisateur fait passer les médias comme la bonne conscience de l’Etat, prêt à aider les désoeuvrés jusqu’à partir en pleine campagne pour y faire un reportage exceptionnel sur les paysans… non là, Mr Zhang, il y a quelques limites. Peut être n’avez vous pas regarder les informations télévisées à cette période là qui évitaient de médiatiser les moindres manifestations paysannes, les grands problèmes de pots de vin, ou bien même les relations tendues avec Taïwan qui demeurent toujours aujourd’hui.

Ainsi sur cette dernière phase Zhang Yimou vend sa carrière de cinéaste au diable de l’Etat chinois pour enfin entrer dans les rangs, même si il subsiste un excellent film en la demeure.

Damien Paccellieri

mercredi 17 janvier 2007

sortie cinéma : l'étoile imaginaire

L'Etoile Imaginaire de Gianni Amelio, 2006
Avec Sergio Castellito, Tia Ling, Angelo Costabile
sortie le 24/01/07

Présenté au Festival de Venise en 2006, ce film va faire plaisir à tous nos compatriotes italiens. Il marque aussi la première co-production italo-chinoise où c'est un réalisateur italien qui mène la danse.

synopsis:
Une aciérie italienne est vendue à des industriels chinois qui désirent emporter dans leur pays l’usine, avec toutes ses pièces, dont son haut fourneau.
Vincenzo Bunoavolontà, responsable de la maintenance, croit détecter une importante défaillance.

Persuadé de la nécessité professionnelle de réparer le dommage, mu par une honnêteté morale inébranlable, Vincenzo va entreprendre un périple à travers la Chine
moderne donnant à sa quête éthique un sens aigu de la dimension humaine, tel un Don Quichotte des temps modernes.

Dans ses pérégrinations et plongé dans un monde étranger parfois amical, parfois hostile, il rencontrera son Sancho Pansa sous les traits d’une jeune Chinoise, guide tantôt éclairé, tantôt égaré, qui l’accompagnera au coeur du pays des contradictions, communiste et capitaliste, riche et misérable, avant-gardiste et rétrograde.
Vincenzo et Liu Hua, à travers ce road movie dans la Chine d’aujourd’hui, feront leur cet adage ancien : “l’insensé voyage toute sa vie, le sage connaît l’importance du moindre de ses pas”.

Si vous avez des avis, n'hésitez pas à les donner...
Le trailer -
Le dossier de presse

sortie dvd : riding alone

Riding Alone, Pour un Fils de Zhang Yimou
Editeur : GCTHV
Prix conseillé : 19,99€

Les sorties de films chinois sur le territoire français sont assez rares et lorsqu'une oeuvre pointe le bout de son nez, chinacinema.fr se fera une joie de vous le dire.

Voici donc l'avant dernier Zhang Yimou, Riding Alone (le dernier étant The Curse of Golden Flower) dont le synopsis est le suivant:
"Alors que son fils Kenichi est mourant et qu'il refuse de le voir, son père, va parcourir des milliers de kilomètres et tout mettre en oeuvre pour exaucer le rêve de ce dernier..."

Le plus connu des cinéastes chinois s'offre une pause sociale entre deux gros blockbusters vides de sens.

Nous en reparlerons prochainement...

mardi 16 janvier 2007

Festival itinérant de cinéma chinois à Blois

C'est une première en France, un festival itinérant de cinéma chinois qui sillonnera la ville de Blois et ses environs.

Du 27 Janvier ou 6 Février 2007 à Blois, ce festival présentera des oeuvres encore inédites en France, mais surtout fait preuve d'une excellente programmation qu'on n'avait pas encore vu dans d'autres festivals de films chinois, notamment des grandes villes.


Au programme notamment tout au long du festival, Le Paon de Gu Changwei (2004) , maître d'oeuvre de l'image pour les films de Zhang Yimou avec Zhang Jingchu, la nouvelle coqueluche du cinéma chinois; La Divine de Wu Yonggang (1934) avec la sublime, que dis-je l'éblouissante Ruan Lingyu, reine du cinéma muet chinois.

Il y aura de plus la présence de Zhang Yang, réalisateur de Shower le 27 janvier pour l'ouverture du festival et bien sûr l'excellente Luisa Prudentino (voir entretien) pour une conférence sur le cinéma chinois le 02 février à 20h30.
Bref que du bon !

Pour plus d'informations voici le programme et le dossier de presse

Dazzling (花眼)

Dazzling de Lee Xin, 2002
Avec Wu Lala, Mei Ting, Xu Jinglei


Wu Gang,
un homme employé dans un cinéma regarde les spectateurs de sa salle obscure et imagine leurs vies amoureuses. Le soir dans un bar, il rencontre une femme et se donnent rendez vous dans un parc…Trouvera t’il lui aussi l’amour ? …

Lee (ou Li) Xin (李欣) réalise avec Dazzling (花眼) une véritable expérience cinématographique sur le traitement de l’image. Néanmoins elle ne parvient pas parfaitement à la juxtaposer à son scénario, donnant à ce long métrage hybride une superbe imagerie pour une insatisfaction narrative.Tout commence par un employé de cinéma, dont le travail consiste à valider les tickets d’entrées et à trouver des places aux spectateurs lorsque la salle est comble.

Lorsqu’il était enfant, il regarda trop longtemps le soleil et cela diminua son acuité visuelle, brûlant sa rétine.
Depuis, il a toujours cru que le ciel observait ce que les hommes faisaient. Des anges seraient même les spectateurs de nos vies humaines…

Il observe dans sa salle de cinéma les spectateurs les yeux rivés sur l’écran, pour imaginer leurs vies sentimentales, leurs rencontres amoureuses et leurs vies futures. En s’éternisant sur trois spectateurs, il semble capable de lire dans leurs yeux leurs traits de caractères, leurs envies mais aussi leurs qualités et leurs défauts. Pensant, telle une fiction, la vie que chacun pourrait avoir, il commence à perdre les repères de sa propre vie. Pour lui, chaque spectateur a une relation amoureuse singulière. L’un est amouraché à une femme, laquelle ne veut pas se marier avec lui, l’autre a, au contraire, toutes les difficultés à séduire une fille de son université, enfin une femme n’a pas encore trouvé son idéal amoureux, mais part à l’aventure dans une forêt…
Dans le même temps, Wu Gang fait la rencontre d’une femme assez particulière dans un bar concert. Les deux tourtereaux se donnent rendez vous dans un parc mais elle ne vient pas.

Il reste alors dans cet espace vert afin de à penser à tous ces amours imaginaires et à ses propres sentiments….

En voilà un film d’auteur chinois innovant et singulier !
Dazzling a tout pour plaire aux amateurs de films expérimentaux et psychologiques bénéficiant d’une mise en image soignée et esthétique. Il est difficile de faire le portrait de ce long métrage tant sa complexité narrative, scénaristique et son visuel inventif, voir fantasmagorique fournissent un ensemble assurément cossu et fouillie.
En effet Dazzling ou « Eblouissant » si l’on traduit du chinois, est incroyablement dense mais ne possède pas à son actif, une trame ou une ligne de conduite satisfaisante pour supporter un tel poids narratif. L’esthétisme apporté par la réalisatrice est simplement époustouflant. On passe par de longs plans séquences, des interludes en forme de story-board, des scènes furieuses sous ecstasy. Les soins donnés aux décors et aux personnages sont parfaitement en adéquation avec les techniques utilisées.
On y trouve un cinéma obscur, des anges éphémères, des premiers rôles atypiques, des lieux superbes… : bref, nos rétines sont subjugués par tant de folies et de beautés.Mais une ombre pointe dans toutes ces lumières élogieuses. En effet, le développement aurait été nettement plus efficace et compréhensible si Lee Xin avait adopté dès le départ des idées biens plus concises sur son développement au lieu d’en faire volontairement un épais brouillard entre l’imaginaire de l’employé de cinéma et la réalité découlant de celle-ci. On baigne donc parfois dans une courte incompréhension où l’on rame sérieusement pour recoller au présent des faits.

Le plus intéressant réside tout de même dans la création d’un propre univers au film. Tant d’éléments particuliers ne sont identifiables qu’à Dazzling: de vrais moments amplis de lyrisme venant à point nommé dans ce long métrage caractérisé par la présence des anges et de leurs visions monochrome.

La prestance des acteurs est carrément relayée au second plan, comme gommée par la réalisatrice. Il y a tout de même Xu Jinglei (徐静蕾) ; déjà présente dans Spring Subway qui campe le rôle d’une randonneuse partant dans les bois à la recherche de l’âme sœur. Sa présence, faite de silence et de nonchalance change de ses performances habituelles. Les autres acteurs comme Wu Lala sont loin d’être remarquables et remarqués, si ce n’est les deux anges, deux comédiens souvent présent dans de nombreux films exécrables, qui ici sans prononcer un seul mot, imposent leur étrange présence.

Ce long métrage se
laisse bercer dans une belle musique planante, transcendante, tels les bandes originales composées par le taiwanais Lim Giong (mise en place par Wu Lala avec des compositions de Dou Wei et Xiao Min). Une ambiance en parfaite osmose avec le long métrage.

Ainsi Dazzling est une œuvre loin du conformisme habituel, basé sur l’imaginaire d’une personne et de ses questions sur l’Amour. D’un esthétisme rare, on se demande même si Lee Xin n’en fait pas trop. Heureusement ce trop plein compense son manque de rigueur dans le scénario, avec des phases complexes, trop rapidement assimilées par un spectateur déjà ébahit par les images.

A la fin de la projection, on en arrive à une conclusion :
Quoiqu’il en est sur la complexité du film, l’expérience Dazzling se doit d’être vécu.

Damien Paccellieri

lundi 15 janvier 2007

La Chine, terre promise du cinéma (L'expansion)

Le magazine l'Expansion avait concocté en mi-2006 un excellent article sur le cinéma chinois que vous pouvez retrouver ici au format pdf. L'auteur de ce dossier est Géraldine Meignan.




dimanche 14 janvier 2007

Le cinéma chinois au festival de vesoul 2007

Le cinéma chinois sera à l'honneur pour le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul 2007 du 13 au 20 Février.
Un hommage à Wu Tianming (吴天明) est prévu avec une retrospective des films suivants:

Life - Inédit
Le vieux puits - Inédit
La rivière sauvage
Le roi des masques
CEO – Première française

L'affaire du Canon noir de Huang Jianxin (producteur)
Le voleur de chevaux de Tian Zhuanzhuang (producteur)
Le sorgho rouge de Zhang Yimou (producteur)


Le cinéaste sera présent au festival ainsi que Xie Fei (谢飞), autre grand nom du cinéma chinois qui présidera le Jury international.

Pour plus d'informations : le site du festival