Si Zhang Yimou a été l'un des plus brillants directeurs chinois de la photographie à la belle époque, Gu Changwei est considéré comme le meilleur des deux dernières décennies. Né à Xi'an en 1957 de deux parents enseignants, il aime la peinture dans son enfance et envisage d'être peintre.
Mais à la réouverture de l'Académie de Pékin en 1978, il s'inscrit au département de la photographie comme d'autres camarades tels Zhang Yimou (encore !).
Dès 1984, il entame sa carrière en se mettant au service de ses aînés-réalisateurs, à savoir le sempiternel Zhang Yimou et Chen Kaige, respectivement pour le Sorgho Rouge et le Roi des Enfants, tout deux de 1987.
Ses qualités techniques et humaines lui valent la reconnaissance de ses pairs et de nombreux réalisateurs chinois désirent s'offrir ses services. Il continue alors son parcours de directeur de la photographie avec quelques-uns des plus beaux films du cinéma chinois. Pour ne citer que ceux-là : Ju Dou (1990) de Zhang Yimou, La vie sur le Fil (1991) de Chen Kaige, la palme d'Or Adieu ma Concubine (1993) — sa plus grande consécration à ce jour — puis l'un des films chinois de la décennie à savoir le superbe In The Heat of the Sun (1994) de Jiang Wen (tout comme ensuite Les Démons à ma Porte en 2000 du même réalisateur). Avec un tel curriculum vitae, Gu Changwei devient rapidement le Monsieur image du cinéma chinois des années 90.
Seulement Gu Changwei, contrairement à de nombreux camarades, n'accède pas à la réalisation, et ce, malgré sa grande expérience forgée de nombreux succès.
Que cela ne tienne ; Gu Changwei s'évade quelques années aux États-Unis pour Hollywood, capitale mondiale du cinéma.
Le voilà donc expatrié de 1995 à début 2000 où il va acquérir de l'expérience auprès de metteurs en scènes américains pour revenir en Chine dans le poste tant souhaité de réalisateur. Il travaille coup sur coup pour trois productions aux rencontres très enrichissantes.
En 1997 avec Last Chance Love, il met le pied à l'étrier par un long métrage peu connu du public, sans stars, sans grand réalisateur, mais avec de précieux rounds d'observation sur la technique, la manière de diriger une équipe à l'américaine et d’autres points indispensables à une bonne réalisation.
Une année plus tard, Gu Changwei cravache sur Hurly Burly, long métrage dont l'acteur principal n'est autre que l'excellent Sean Penn, cador du cinéma US puis termine ses coopérations au pays de l'Oncle Sam avec The Gingerbreat Man (1998) du très grand réalisateur Robert Altman dont il apprendra quelques recettes cinématographique.
Il réussit en 2005 à rassembler en Chine assez de fonds pour tourner Paon, son premier film primé par la suite d'un Ours d'Argent au Festival de Berlin. Ce long métrage nous transporte dans les années 70 et 80 auprès d'une famille de trois enfants où la grande sœur, jouée par Zhang Jingchu, est d'un caractère quelque peu différent de ses semblables, certainement dû au handicap mental d'un de ses frères.
Gu Changwei revient sur ces années en s'appuyant sur de nombreuses habitudes culturelles et sociales de l'époque. La condition humaine des gens simples et ordinaires de la Chine rurale a toujours été l'une de ses thématiques préférées, car il est lui-même originaire de cette catégorie sociale. Le cinéaste révèle par ce film l'actrice Zhang Jingchu, devenue la nouvelle égérie chinoise après la grande période d'adulation offerte à Zhang Ziyi.
Le metteur en scène est également connu pour son épouse Jiang Wenli, très grande actrice chinoise du grand comme du petit écran. Le couple est aujourd'hui l'un des plus épiées de Chine confortant leurs célébrités et leur capacité à séduire le public.
Avec un deuxième long métrage nommé And the Spring comes avec dans le rôle-titre sa chère et tendre, Gu Changwei s'apprête à reconquérir le coeur des Chinois même si l'accueil n'a pas été des plus chaleureux.
Il lui sera difficile de remplacer les pachas du blockbuster que sont Zhang Yimou, Chen Kaige ou bien encore Feng Xiaogang, mais c'est peut-être tout à son honneur puisqu'il affirme vouloir conserver sa simplicité et son mordant culturel, essentiels selon lui à sa survie artistique. Sera-t-il le prochain grand réalisateur de la cinquième génération ?
Damien Paccellieri
Filmographie :
2005 - Paon
2006 - And the spring comes








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