mardi 9 octobre 2007

Le cinema chinois hier et aujourd'hui - hubert niogret

Le cinema chinois, hier et aujourd'hui d'Hubert Niogret - 2007

Hubert Niogret, connu pour avoir été conférencier à la Sorbonne sur le cinéma chinois, mais aussi pour être l'un des piliers de la revue cinématographique Positif (depuis 1969), nous propose en cette année 2007, un documentaire sur le parcours du cinéma chinois, septième art sous estimé, voir mesestimé pendant de nombreuses années.

Une diffusion est prévue pour fin 2007 sur Cine Cinema (Canal+) et une projection à Pusan 2007 est d'ores et déja engagé...
(Poster réalisé par mes soins , n'a aucune valeur officielle)



Introduction


Le Cinéma Chinois a été connu en Europe avec un retard considérable. Il a fallu attendre le début des années 70 pour que soit porté à la connaissance de cercles spécialisées, de cinémathèques, de festivals, la production cinématographique chinoise des années 20, des débuts du parlant et notamment l’activité extraordinairement créative des studios de Shanghai dans les années 30, puis 40, jusqu’à la proclamation de la République populaire de Chine le 1er Octobre 1949.

En 1949, Mao Zhe Dong installe le pouvoir central à Pékin. Pendant la période qui va de 1949 à la Révolution Culturelle de 1966, le cinéma révolutionnaire prend un véritable essor produisant jusqu’à 100 films par an. Le cinéma est pris en main pour être remodelé dans la ligne idéologique du parti et celle de Mao Zhe Dong, devenant ainsi un cinéma socialiste d’état. La tutelle gouvernementale qui s’est abattu sur le cinéma, en fait un art officiel, et dans les dix-sept années qui ont suivi l’installation de la République Populaire de Chine, le passé du cinéma chinois a été occulté pour ne privilégier qu’un cinéma idéologiquement contrôlé, parfois de propagande simpliste, où les personnalités des cinéastes disparaissaient derrière les directives à exécuter.
En 1966, l’épouse de Mao Zhe Dong, Jiang Qing, ancienne comédienne, s’approprie à son tour le cinéma et l’ensemble de la vie culturelle. Considérée comme « embourgeoisée » la production est totalement arrêtée de 1969 à 1972, à l’exception de quelques films documentaires et de ballets filmés, uniquement motivés par la propagande. A partir de 1972, quelques vétérans retrouvent une activité comme Xie Jin, Xie Tieli, en se pliant aux règles et diktats du cinéma de la Révolution Culturelle. Après la mort de Mao Zhe Dong en 1976, Jiang Qing et la Bande des Quatre sont éliminés du pouvoir. C’est la fin de la Révolution Culturelle. Le cinéma est exsangue et tout est à reconstruire.

L’émergence au début des années 80 d’une nouvelle génération de cinéastes (qualifiée commodément de 5ème génération) a complètement changé la donne, et mis le Cinéma Chinois sur le devant de la scène internationale.
La production redémarre lentement et passe de 24 films en 1977, à 106 en 1981. Les différents studios, installés pendant le cinéma révolutionnaire de Mao Zhe Dong retrouvent leurs pouvoirs, une autonomie relative, une diffusion qui leur permet de toucher une partie des 25 milliards de spectateurs chinois et des moyens pour relancer la production.

Présentation

Au lendemain de la Révolution Culturelle, et à l’aube de l’ère des grandes réformes, la 5ème génération a rompu avec le passé de stricte obédience des cinéastes aux directives de la propagande, a cherché de nouvelles voies d’expression cinématographique en affirmant pleinement le rôle de l’auteur-cinéaste, et s’est interrogé sur son identité nationale.
Terre jaune de Chen Kaige en 1984 est un des films fondateurs de cette nouvelle génération. Racontant l’histoire d’un soldat qui va recueillir dans la campagne des chants folkloriques, le film révélait une nouvelle démarche impensable quelques années auparavant (le regard sur le passé, la quête personnelle d’identité) et un authentique regard de cinéaste que les films suivants allaient confirmer (Notre présent peut se lire dans le miroir du passé, Chen Kaige)

1. Dans la Chine qui cherche son identité, les cinéastes de la 5ème génération.

A côté de celui qui fût pour beaucoup un maître à penser quand il était directeur des studios de Xi’an et qui encourageât l’émergence d’un nouveau groupe de cinéastes – Wu Tianming est né en 1939, et a réalisé notamment Le fleuve sans balise en 1983 – les cinéastes de la 5ème génération sont généralement nés dans les années 50, ont effectués des études classiques de formation cinématographique à l’Académie du cinéma de Beijing, et après la secousse sismique de la Révolution Culturelle (période pendant laquelle ils ont été envoyés dans les campagnes, dans les usines ou dans l’Armée) ont commencé à réaliser des films dans les années 80, très souvent dans des studios régionaux, éloignées du centralisme bureaucratique de Beijing.
Ces cinéastes affirment leur autonomie, leurs pouvoirs, dans une industrie qui, jusque-là, n’était constituée que par des cinéastes aux ordres d’un cinéma socialiste d’Etat. Le modèle unique est toujours en vigueur mais il va désormais être utilisé autrement sous l’impulsion de personnalités différentes et sous la pression d’une Chine en train de se moderniser. Cette identité sociale et économique nouvelle que cherchent les artistes, les écrivains, les scénaristes et les metteurs en scène, s’accompagne d’une relecture du passé, pour redresser certaines visions de l’Histoire, régler des comptes avec l’histoire récente comme celle de la Révolution Culturelle, et passer à travers les mailles d’un système encore très contraignant.
Très vite, certains ont acquis une renommée internationale comme Chen Kaige (Adieu, ma concubine), Zhang Yimou (Epouses et concubines) surtout, mais aussi de manière moindre Huang Jianxin (L’incident du canon noir), Tian Zhuangzhuang (Le voleur de chevaux)...etc…Formé dans la tradition de leurs aînés, mais adhérent d’une autre démarche idéologique, soucieux de redonner le pouvoir à la création, de respecter les individualismes et personnalités, leur travail a marqué une véritable rupture historique, même si dans un cadre plus flexible (ce qui n’a jamais exclu ni les ennuis bureaucratiques, ni la censure avant ou après la réalisation des films), leur attachement à une narration assez traditionnelle et un sens plastique parfois très spectaculaire leur a sans doute permis d’être très bien reçus en Occident et d’y recueillir de nombreuses récompenses, d’obtenir parfois de grands succès lors de leurs sorties (Adieu, ma concubine, Epouses et concubines).
Quelques années plus tard quand cette génération semblait moins productive en matière d’innovation, la Chine s’ouvrait à la désormais célèbre et contradictoire « économie socialiste de marché » et apparaissait une nouvelle génération de cinéastes.

2. Dans la Chine qui s’éveille à la mondialisation, la 6ème génération.

La 5ème génération a été plutôt formé dans la tradition, tandis que la 6ème qui a aussi fait ses études dans la plupart des cas à l’Académie du cinéma de Pékin s’est aussi formé avec les images rapides et électriques de MTV, la vidéo, la musique techno. Quand ils passent à la réalisation, au lendemain des évènements du 4 juin 1989 sur la place de Tian An Men qui vont les marquer profondément pour certains, leurs sujets sont urbains, délaissent les problèmes de la campagne auxquels s’étaient attaché les cinéastes de la génération précédente. Ses narrations pratiquent l’ellipse, ses images électriques s’affrontent à la vidéo numérique qui permet la production de films indépendants bon marché, développés hors des studio d’Etat.

Au sein même de l’Académie du Cinéma de Beijing, Jia Zhanke arrive à créer en 1995, le premier groupe indépendant de production.. Le cocon des studios protégeait les cinéastes de la 5ème génération – en cassant aussi leur carrière au gré des changements de mode idéologique – quand les cinéastes de la 6ème doivent maintenant affronter le marché international, coproduire avec l’Europe, au grand dam des autorités qui n’arrivent plus à les contrôler. Certains cinéastes de la 6ème génération savent aussi que le prix de leur liberté se paye parfois par le fait de ne pas voir sortir leur film dans leur propre pays (avant The World, première production « officielle », aucun film de Jia Zhangke n’a été distribué en Chine) .
Shower de Zhang Yang est un film très métaphorique de ce changement, traitant les rapports père-fils, confrontant le travail à l’ancienne et le monde du nouveau business, dans une capitale où la modernité détruit le monde ancien. Et pour citer un thème extrême, Liu Bingjian traite de l’homosexualité masculine (Le protégé de mme Qing) comme Zhang Yuan avant lui (Côté cour, côté jardin), sujet tabou quelques années auparavant. Mais le film de Liu Bingjian a été tourné presque clandestinement…Après que la 5ème génération ait choisi de mettre en avant les personnages de femme et de porter leur attention à la sexualité à l’intérieur de leurs sujets de film, les cinéastes de la 6ème génération affirment leur volonté de traiter de toutes les sexualités et leur accorder un rôle prédominant dans la description sociale, comme par exemple dans les films de Jia Zhang-ke consacrés à la jeunesse..
Par ailleurs les anciennes structures du cinéma chinois essayent de s’adapter.
Le jeune cinéma chinois se fait désormais ailleurs et autrement que dans les vieilles structures.

3. Miroirs d’une société

Il y a sans doute peu de cinématographies au monde où la production des films est autant dépendante des aléas du pouvoir, de ses mobilités et retournements parfois indéchiffrables. Cette pression du pouvoir n’a cependant jamais empêché les films chinois d’être des miroirs – parfois très codés – passionnants de la société dans laquelle ils prennent naissance et se développent, sans que jamais les collaborations étrangères (financières, parfois techniques, venant d’Hong-Kong, de Taïwan, du Japon, d’Allemagne, de France…) viennent entraver ce travail de reflet identitaire, recherché par les cinéastes de la 5ème génération, sans doute plus inconsciemment exprimés par ceux de la 6ème génération. Le traitement de thèmes plus personnels comme la sexualité, plus périphérique parfois à la tradition, n’en expriment pas moins leur culture et leur société.
Tant les cinéastes de la 5ème que de la 6ème générations ne forment des Ecoles, ni des mouvements proclamés avec un quelconque programme, mais ces deux générations répondent en Chine pour la première fois, avec des réponses différentes, à un désir de faire autrement du cinéma en s’inscrivant dans une évolution politique, sociale, économique, radicalement différente.
Les cinéastes étant souvent en avance sur les politiques, ils trouvent souvent à s’affronter avec le pouvoir. Adieu, ma concubine après de sérieux problèmes de distribution, a fini par faire un triomphe en Chine, et les œuvres tournées récemment en vidéo par les plus jeunes cinéastes, trouvent au moins une carrière à l’étranger.

Pour déchiffrer les vingt dernières années de la République Populaire de Chine, rien ne vaut mieux que de regarder ses films.

Propos receuillis chez le distributeur

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire