Avec Ko I-Cheng, Chen Qioyan, Li Shuping, Lai Denan
Fille d’une riche famille, Hsin-Chin épouse un jeune homme pauvre et donne naissance à plusieurs enfants dont une fille : Ah Fei. En dépit des difficultés financières et de l’infidélité de son mari, elle continue son rôle de femme traditionnelle indulgente avec son fils, sévère avec sa fille … .
Projeté à Vesoul dans le cadre de l’hommage à Hou Hsiao-hsien en tant que co-scénariste, Ah Fei (油麻菜籽) est une inoubliable peinture de la société taiwanaise à travers sa cellule familiale et le rôle essentiel de la femme sur plusieurs décennies.
Mais qui se cache derrière le nom de Wan Jen (万仁) ?
Wan Jen est en quelque sorte l’un des patriarches du cinéma de l’île. Ce fut aussi une rampe de lancement pour les projets et les ambitions de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) . Avec Ah Fei le cinéaste nous conte l’évolution d’une famille dans les tumultes de la vie. Hsin-Chin choisit un mari qu’elle croit affectueux, dévoué et travailleur mais au fil du temps, elle s’aperçoit qu’il n’en est rien. Il la maltraite, dépense toutes ses économies dans les jeux d’argent et s'est doté d’une sacrée réputation de coureur de jupon.
Hsin-Chin, débordé par cette situation, fait appel à son père pour ramener son mari à la raison. Mais rien n’y fait et le père médecin décède, laissant seule sa fille devant ce funeste destin. A force de dilapider son argent, la famille se voit obligée de rembourser des dettes incommensurables qui la poussent à vendre la maison, fruit d’efforts incalculables.
Le temps passe et Ah Fei a grandit, luttant contre sa mère qui souhaite la modeler comme une épouse modèle alors que celle-ci rêve de poursuivre ses études. C’est ce qu’elle entreprend grâce à son père et à l’instar de son frère entré dans l’armée par manque d’assiduité sur les bancs de l’école. Devenue alors adulte, Ah Fei devient le pilier économique de la famille. Elle a la ferme intention de se marier avec l'époux de son choix mais sa mère est loin de croire en cette idée...
Encore inédit (ou du moi
Aussi, Wan Jen peut se féliciter d’avoir pousser l’un des futurs plus grands cinéastes de sa génération à co-écrire les bases de son long métrage.
Mais bien sûr tout ne repose pas sur les épaules du scénario car Wan Jen peut se targuer de bénéficier d’un talent exceptionnel dans l’imagerie, la notion de plan - qui rappellera sans doute Ozu - notamment dans un mémorable cadre où le père habillé de blanc, dans une dernière venue avant sa mort, arpente la route qui mène vers la maison de sa fille. Un style typiquement japonais et pourtant bercé par des origines taiwanaise fortes. Par la suite, Ah Fei ne tiendra plus compte de ce référentiel nippon et se tournera vers ses propres origines cinématographique en mélangeant les genres par le drame, la douce comédie et l’aventure humaine au fil des âges. C’est certainement cette dernière partie qui donne tant d’intérêt à l’œuvre. Sur une trentaine d’année, Ah Fei aborde les mutations sociales de la structure familiale par une mère sévère pour sa fille afin qu’elle devienne une bonne épouse, et un fils laissé à l’abandon devant ses futures responsabilités masculines. Cette focalisation su
Wan Jen ne s’arrête pas là puisqu’il remet en cause les responsabilités de l’homme, charges parfois trop lourdes pour un seul être incapable de se confier à sa femme. Le père se redessine une vie grâce à la réussite de sa fille et au lieu d’en faire un drame humain, le cinéaste pétrit ainsi une odyssée de l’espoir.
En effet, tout comme l'île vient à changer par son économie et sa société, l’Homme prend lui aussi part à cette évolution.
On se souviendra donc éternellement de ce couple et d’Ah Fei, héroïne de l’œuvre, femme d’une nouvelle génération loin des traditions colportées par sa mère. Par son courage et son destin, Ah Fei transcende sa propre vie et guide toutes ces femmes vers le meilleur chemin à suivre.
Un grand moment d’humanité.
Damien Paccellieri








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