Avec Sergio Castellito, Tia Ling, Angelo Costabile
sortie le 24/01/07
Présenté au Festival de Venise en 2006, ce film va faire plaisir à tous nos compatriotes italiens. Il marque aussi la première co-production italo-chinoise où c'est un réalisateur italien qui mène la danse.
synopsis:
Une aciérie italienne est vendue à des industriels chinois qui désirent emporter dans leur pays l’usine, avec toutes ses pièces, dont son haut fourneau.
Vincenzo Bunoavolontà, responsable de la maintenance, croit détecter une importante défaillance.
Persuadé de la nécessité professionnelle de réparer le dommage, mu par une honnêteté morale inébranlable, Vincenzo va entreprendre un périple à travers la Chine moderne donnant à sa quête éthique un sens aigu de la dimension humaine, tel un Don Quichotte des temps modernes.
Dans ses pérégrinations et plongé dans un monde étranger parfois amical, parfois hostile, il r
encontrera son Sancho Pansa sous les traits d’une jeune Chinoise, guide tantôt éclairé, tantôt égaré, qui l’accompagnera au coeur du pays des contradictions, communiste et capitaliste, riche et misérable, avant-gardiste et rétrograde.
Vincenzo et Liu Hua, à travers ce road movie dans la Chine d’aujourd’hui, feront leur cet adage ancien : “l’insensé voyage toute sa vie, le sage connaît l’importance du moindre de ses pas”.
Si vous avez des avis, n'hésitez pas à les donner...
Le trailer - Le dossier de presse
Vincenzo Bunoavolontà, responsable de la maintenance, croit détecter une importante défaillance.
Persuadé de la nécessité professionnelle de réparer le dommage, mu par une honnêteté morale inébranlable, Vincenzo va entreprendre un périple à travers la Chine moderne donnant à sa quête éthique un sens aigu de la dimension humaine, tel un Don Quichotte des temps modernes.
Dans ses pérégrinations et plongé dans un monde étranger parfois amical, parfois hostile, il r
Vincenzo et Liu Hua, à travers ce road movie dans la Chine d’aujourd’hui, feront leur cet adage ancien : “l’insensé voyage toute sa vie, le sage connaît l’importance du moindre de ses pas”.
Si vous avez des avis, n'hésitez pas à les donner...
Le trailer - Le dossier de presse








"Tourner en Chine n'est pas plus difficile qu'en Italie"
RépondreSupprimerCourrier international : Dans L'Etoile imaginaire, une aciérie italienne en cours de démantèlement vend à des entrepreneurs chinois un de ses hauts-fourneaux. Vincenzo Buonavolontà (Sergio Castellitto), responsable de la manutention, sait qu'une pièce a un défaut. Il la répare et traverse la Chine en compagnie d'une jeune interprète, Liu Hua (Ling Tai), à la recherche de la machine défectueuse et, par la même occasion, de soi. Ce film est donc en grande partie tourné en Chine (Shanghai, Pékin, Chongquing, le long du fleuve Jaune et en Mongolie-Intérieure). Quelle a été votre impression lors de votre séjour ?
Gianni Amelio : C'est difficile à définir ; nous n'avons ni les paramètres ni les clés pour saisir la richesse et la complexité de ce pays. Chaque phénomène apparaît sous un visage et son contraire. On trouve, par exemple, en Chine un régime communiste et le capitalisme le plus sauvage. Et puis, il y a des aspects frappants, liés notamment à la contrefaçon. A Shanghai, par exemple, il y a un quartier entier où l'on ne vend que des téléphones portables clonés. Un autre où l'on ne trouve que des contrefaçons de marques de luxe. Un autre où, en quatre heures, on vous taille un costume sur mesure.
Tout cela est impressionnant, mais… mais il y a en même temps quelque chose qui ne va pas. Et pour sentir ce qui ne va pas, je crois qu'il faut être chinois, non un Occidental privilégié, avec ses euros et ses dollars. Pour les Chinois, leur pays n'est pas un paradis, non seulement du point de vue économique, mais aussi de celui des droits civils et de tout ce qui, chez nous, a représenté une conquête démocratique, fruit de longs combats sociaux. En ce sens, le système chinois tend à emprisonner l'individu. De plus, le développement économique extraordinaire de la Chine me semble se dérouler essentiellement à l'extérieur, à travers les exportations. Il ne se traduit pas immédiatement par un développement des conditions de vie des Chinois et il ne profite qu'à une petite partie de la population.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors du tournage de L'Etoile imaginaire ?
Quelques-unes, mais pas plus qu'en Italie. Essayez de tourner, par exemple à Palerme ou à Reggio de Calabre. Ici, en Italie, l'administration communale exige de voir le script et demande des ajustements ou des coupes si certains passages ne lui plaisent pas, et elle est capable de refuser les autorisations de tournage. Les Chinois sont obsédés par l'idée de faire bonne impression avec les étrangers et ils veulent donner une image positive, "attractive" disent-ils, de la Chine. De plus, il faut s'adresser à un organisme gouvernemental, le Beijing Film Studio. Ils font traduire le script par leurs traducteurs – même lors des rencontres, les Chinois arrivent avec leurs interprètes personnels – et demandent parfois que certaines scènes soient changées ou coupées.
Sur le tournage, il y avait donc trois fonctionnaires chargés de veiller à ce que celui-ci se passe exactement comme indiqué dans le script tel qu'il avait été approuvé par les autorités. A chacune de mes demandes, ils intervenaient pour dire OK ou non. A Chongqing, par exemple, il n'a pas été question que l'on tourne, comme je l'avais souhaité, une petite manifestation de personnes qui protestaient contre la pollution. En revanche, il y a un moment où nous avons réussi à tourner en cachette, car notre "ange gardien" s'était éloigné : la scène se passe dans une usine, et l'on voit des enfants manger par terre, à quelques mètres de l'endroit où s'affairent des ouvriers. Impossible par ailleurs de tourner dans l'aciérie de Chongqing, un véritable enfer, alors que dans d'autres établissements, plus modernes, nous n'avons pas eu de gros problèmes.
Une fois le film monté, j'ai dû le montrer aux autorités chinoises. Elles ont autorisé sa circulation dans le monde entier, mais ils ont demandé que la version pour la Chine soit privée de certaines scènes et que certains dialogues soient redoublés. Comme la scène où il est question d'un ascenseur payant dans un immeuble d'habitation, ce qui avait plongé les fonctionnaires chinois dans un profond embarras.
A un certain moment, Castellitto parle de l'Italie. S'adressant à l'interprète qui l'accompagne dans son voyage, il affirme qu'il souhaiterait "moins de profiteurs, moins d'arrogants, moins de goujats et plus de respect" : on a l'impression que là, c'est vous qui parlez.
En effet, c'est ce que je pense. Je voulais qu'il y ait une réplique, assez brève, pour dire mon sentiment. C'est le message politique du film. Je pense qu'en Italie, il y a un nombre énorme de profiteurs, d'arrogants et de goujats. La goujaterie en particulier a toujours existé, mais l'arrogance se répand depuis une quinzaine d'années et elle m'exaspère.
Propos recueillis par Gian Paolo Accardo pour Courrier International
Une Chine sans limites, comme l'univers
RépondreSupprimerExtraits du journal de tournage de Sergio Castellitto
On arrive. Passeports, visas, regards des policiers chinois, bagages. On quitte l'aéroport. Et c'est là que je rencontre mon premier ennemi : une chaleur humide, suffocante, lagunaire. Ce voyage en Chine a duré soixante-dix jours. Les deux premières semaines, nous étions à Shanghai, une ville très moderne, «occidentale», sale, séduisante, et bien évidemment immense. Ensuite, ce fut Wuhan, où nous avons tourné à côté d'un haut-fourneau en activité qui crachait des flammes. Cette image représente l'essence même du travail des hommes, de leur effort, qu'ils soient chinois ou de Taranto, et qui, aux yeux des artistes que nous sommes, se muait en esthétisme.
De Wuhan, nous avons rejoint Ichang et embarqué pour Chongqing. Le voyage sur le fleuve bleu a duré deux jours. Le fleuve n'est pas, si je puis me permettre, le fleuve Paglia. C'est un cheminement de l'esprit. La ligne d'horizon est invisible car les couleurs du ciel se confondent avec celles de l'eau vaseuse j'hésite entre le gris, le jaune foncé et le vert sombre sur laquelle nous voguons mais d'où surgissent les silhouettes des barques de pêcheurs. Toute embarcation a son petit drapeau rouge étoilé. Sur la rive, des panneaux aux numéros gigantesques indiquent l'endroit où la terre sera progressivement engloutie une fois que la construction de l'immense digue sera achevée. Cela s'est déjà produit. On me raconte que nous sommes en train de naviguer au-dessus de villages engloutis.
Chongqing. Mon dieu ! Chongqing avec ses 35 millions d'habitants et ses nombreuses côtes. Une des villes où l'on voit le moins de bicyclettes. Quand j'y pense, je pense à Blade Runner, à Orwell, à toutes les après-guerres et à toutes les reconstructions. On loge au fastueux hôtel Marriott dont le hall ressemble à une place. Des fenêtres de ma suite, je compte une dizaine de grues. Les gratte-ciel poussent comme des champignons. La ville ne cesse de s'agrandir. C'est comme l'univers, elle n'a pas de limites.
Chongqing est la dernière grande ville que j'ai vue. De là nous sommes partis pour la campagne. Nous avons traversé des paysages extraordinaires en perpétuel équilibre entre beauté naturelle et désastre écologique. C'est une impression qui m'a fortement marqué : autant les dégâts d'une décharge publique en Belgique semblent se limiter à la Belgique, autant une décharge en Chine fait craindre des conséquences pour l'ensemble de la planète. On arrive dans un village rural qui ressemble, justement, à une décharge organique, c'est-à-dire d'hommes, d'enfants, de canards et de cochons. Au marché, on peut acheter des transistors, des films piratés en DVD, des dentiers utilisés... La rue principale, appelons-la ainsi, est l'unique rue praticable pour rejoindre le lieu du tournage. Parfois il m'arrive de retenir mon souffle pour ne pas respirer cette odeur acide qu'il y a dans l'air. Et pourtant, il y a le sourire de tous ces gens que je ne pourrai oublier, ignorant la joie que peut nous procurer à nous Occidentaux le fait de consommer, gagner, dépenser, posséder. C'est une petite leçon de morale que m'a donnée cette expérience. Et il n'y a rien de politique, je n'aime pas les dictatures, aucune d'entre elles et quelle qu'en soit la couleur. Je faisais juste une réflexion sur la nature d'un peuple extraordinaire. Un jour, alors que je me rendais sur le tournage, une moto transportant un petit cochon nous a dépassés. Il était attaché sur un côté de la moto. Son corps dansait, appuyé sur le pot d'échappement brûlant. Je me suis dit qu'il arriverait à destination déjà rôti.
Pékin noyé dans la pollution. La voiture qui nous mène à l'aéroport s'est arrêtée place Tiananmen. Nous y avons fait une photo sous la statue de Mao. J'ai alors pensé que dans le monde il y avait ceux qui prenaient des photos sous l'image du Président et ceux qui en font une sous la statue de Padre Pio à San Giovanni Rotondo. Moi, j'ai les deux.
(Traduit de l'italien par Vicky Postler) Extrait de Libération 24/01/07
C'est d'abord un autre regard sur la mondialisation et les délocalisations : des chinois sont venus en Italie acheter un haut-fourneau vétuste. Un ouvrier italien de la maintenance, accompagné de son interprète, tente de leur courir après, de Shanghaï au désert de Gobi en passant par Chongqing (la plus grande municipalité du monde) : "chercher une aciérie dans la Chine moderne" va sans doute remplacer la trop vieille expression "chercher une aiguille dans une botte de foin".
RépondreSupprimerC'est aussi une douce alchimie entre l'italien et la chinoise : c'est le choc des cultures et lentement mais sûrement, l'européen perd ses préjugés.
Après avoir quitté son Italie post-industrielle, désertée et délabrée, il découvre une Chine industrieuse, pleine de vie et d'humanité, où les hauts-fourneaux mis au rebut semblent avoir droit à une seconde chance.
C'est visiblement avec amour que Gianni Amelio filme les usines et les aciéries, devenues si rares au ciné aujourd'hui.
Dans ce décor industriel, c'est un film à trois personnages : l'italien, la chinoise ... et la Chine. Chaque nouvelle scène apporte son lot de découvertes et ote une pelure de l'oignon : on goûte avec plaisir à des personnages de plus en plus riches et complexes.
C'est aussi un road-movie qui rappelle à ceux qui l'auraient oublié que l'étoile imaginaire est moins essentielle que sa quête et que la destination importe moins que le voyage lui-même. Un film doux et contemplatif (sans que l'on s'y ennuie un instant) où la caméra s'attarde sur les visages et "les gens" (et seuls Dieu et Mao savent combien ils sont nombreux là-bas !) et où l'on apprend à vivre au rythme des transports chinois.
C'est visiblement avec amour que Gianni Amelio filme une Chine comme on n'aura sans doute guère l'occasion de la voir.
C'est enfin une heure trois-quarts de cinéma intelligent et l'on ressort de la petite salle du petit cinéma avec un grand sourire, et l'impression d'avoir dégusté une savoureuse gourmandise aux multiples et subtils parfums. Hmmm, un régal !
Alors ne manquez pas ce délicieux dessert qui aura bien failli nous échapper.
En voilà un avis qui donne envie d'aller au cinéma !
RépondreSupprimer